Sénégal/Robes et tuniques traditionnelles confectionnées en tissus de luxe pour la Tabaski: Une dépense presque obligatoire

Afriquinfos Editeur 178 Vues
6 Min de Lecture
Des femmes essaient des robes dans une boutique de seconde main à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

A quelques jours de la grande fête musulmane de la Tabaski, Seynabou Sarr, dite Nabou, croule sous les commandes dans sa boutique de vêtements de seconde main de la banlieue de Dakar.

Une femme en robe de mariée dans une boutique de seconde main à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

Pieds nus, la jeune femme de 30 ans s’active dans un constant va-et-vient. Entre deux commandes, qui affluent au téléphone, elle prépare un shooting photo pour promouvoir ses produits phares: des boubous d’occasion. Avec l’achat du mouton, de condiments ou de nouvelles chaussures, la tenue de fête est un incontournable de l’Aïd, appelée Tabaski en Afrique de l’Ouest et célébrée lundi 17 juin 2024 pour le plus grand nombre au Sénégal. Les femmes et les hommes revêtent pour l’occasion robes et tuniques traditionnelles confectionnées dans des tissus de luxe ornés de broderies ou de perles. C’est une dépense importante devenue presque obligatoire au fil du temps. Une forte pression sur les familles et les économies, encore plus quand les temps sont durs.

Comme le commerce de prêt-à-porter de seconde main dans les pays occidentaux, le marché d’occasion des boubous de luxe connaît un succès grandissant au Sénégal. A l’état neuf, certains modèles peuvent coûter jusqu’à 250.000 FCFA (381 euros), une petite fortune quand le salaire médian est de 54.000 FCFA (82 euros) par mois. Chez Nabou, il est possible de les trouver à moins de 90.000 FCFA (137 euros).

Des femmes essaient des robes dans une boutique de seconde main à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

« Les gens avaient honte auparavant de porter des habits d’occasion de peur de se faire moquer ou dénigrer. Mais de plus en plus, beaucoup prennent conscience de leurs avantages », explique-t-elle. La jeune femme a lancé son business en ligne en 2018 avant d’ouvrir sa boutique en 2022. Elle a plus de 80.000 abonnés sur TikTok. Abdou Fall, père de famille, s’est résolu cette année à acheter une tunique d’occasion, un élégant boubou marron trois pièces avec une belle broderie autour du cou. Il l’a acquis pour 60.000 FCFA (90 euros), au lieu des 130.000 (196 euros) qu’il aurait valu neuf.

« Ce n’était pas dans mes projets d’acheter un boubou pour cette année car j’avais déjà beaucoup à faire avec les autres dépenses », confie-t-il. « Mais le prix était tellement abordable que je me suis dit que je ne vais pas m’en priver ».

Un couple pose pour un shooting photo dans une boutique de seconde main à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

-« Beau avec peu »-

La plupart des articles appartiennent à des anonymes qui vident leur garde-robe de tenues n’ayant souvent servi qu’une seule fois. Arborer la même deux années de suite est souvent mal vu. Les boubous usagés doivent impérativement avoir l’air neuf. « Qui peut distinguer que ce n’est pas neuf? Personne. Avec peu, tu te fais beau comme tout le monde et tu peux aussi le revendre à ton tour », se réjouit Matar Sarr, un autre client. Le textile est l’une des industries les plus polluantes au monde: seulement 13% de ses matériaux sont recyclés d’une manière ou d’une autre, selon un rapport de la Fondation Ellen MacArthur de 2017 qui fait toujours référence.

Des femmes dans une boutique de seconde main essaient des robes traditionnelles à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

Si certains Sénégalais critiquent le gaspillage des vêtements à l’occasion des cérémonies, c’est l’argument financier qui l’emporte pour la majorité. La Tabaski n’est pas la seule occasion de s’offrir du luxe plus abordable. Dans les rayons, Khady Djiba est à la recherche d’une robe de mariée pour sa petite soeur. Elle examine la qualité des tissus, passe sa main sur les coutures, s’attarde sur les perlages et finit par choisir un modèle de couleur blanche avec une longue traîne rehaussée de perles scintillantes. Neuve, cette robe lui aurait coûté au moins 150.000 francs CFA (228 euros), trop cher. Elle l’a achetée 75.000 FCFA (114 euros). La robe présente quelques défauts, mais la revendeuse rassure: avec quelques retouches et du pressing, elle sera comme neuve. « C’est une bonne affaire. Je suis très satisfaite », sourit Khady Djiba.

Des femmes essaient des robes dans une boutique de seconde main à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

Le temps d’un après-midi, la boutique de Nabou se transforme en showroom où de jeunes femmes improvisées mannequins prennent la pose face aux objectifs. Maquillage, éclats de rire, clins d’œil… Les photos et vidéos alimenteront les réseaux sociaux. « Tu verras, les clients vont s’arracher les modèles une fois qu’ils seront postés sur les réseaux », lance tout sourire l’une des modèles.

Des femmes en robes traditionnelles devant une boutique de seconde main lors d’un shooting photo à Rufisque, dans la banlieue de Dakar, le 6 juin 2024 au Sénégal.

© Afriquinfos & Agence France-Presse