D’importants objets d’art africain exportés vers l’Europe", selon un archéologue malien (INTERVIEW)

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Il y a longtemps qu'on parle de trafic des objets d'art africain. Qu'en est-il exactement ?

Ce phénomène s'est développé dans les années 60 et 70, et parfois avec la complicité des africains eux-mêmes. Parce qu' entre temps, lesobjets africains ont eu un statut d'objet d'art puis le marché a commencé à s'ouvrir à ses objets. On a commencé à mettre en place des galeries en Europeoù les gens vendaient des objets africains. Il y a eu donc, un développement qui devrait marcher autour des productions d'art africain et cela a encouragé un traficabsolument intense des objets africains.

A quand remonte ce pillage ?

Les objets d'art africain ont intéressé très tôt l'Europe et l’époque coloniale a été une période extrêmement intense. Les européens venaient d'arriver en Afrique. Avec le développement de l' ethnologie, les gens ont commencé à s'intéresser à l'art africain.

Tous les objets qui les intéressé ont pu être ainsi exportés, même si à cette époque on ne peut pas dire que c'était illégal parce qu'il n yavait pas de loi qui interdisait d'apporter ces objets. Mais on peut dire que c'était moralement et humainement inacceptable, parce que la plupart du temps ces objets étaient transportés, volés même parfois dans les communautés et exportés sans que personne ne pose la question sur le dommage que cette exportation avait sur la vie, les croyances des communautés.

Mais lorsqu'on a commencé à mettre en place des législations africaines après les indépendances, on s'est retrouvé avec une tentative des Etats africains de freiner ce pillage. Parce qu'il y avait certains pays qui ont commencé à mettre en place des musées et on souhaité que ces objets restent en Afrique.

Cela a-t-il pu freiner le phénomène ?

Malgré tout, les objets d'art africain continuent à circuler, à être volés. Parce qu'il y a un intérêt de plus en plus important de ses objets en Europe. Ils rapportent beaucoup d'argent à un certains nombres de gens. La situation est qu'aujourd'hui on a développé des musées, mis en place des législations mais on n'est toujours pas arrivé à freiner le phénomène. Ce qui est un grand danger pour la culture africaine.

Pourquoi n'a-t-on pas pu réussir à mettre un terme à ce trafic ?

Parce que nos pouvoirs publics n'ont pas toujours été solidaires de la démarche des professionnels. Car sur le plan international les conventions internationales qui ont été mise en place n'ont pas toujours été efficaces. Parce qu'en Afrique même, on n'a pas su développer des institutions suffisamment sérieuses pour protéger le patrimoine.

Quelles peuvent être les conséquences de ce trafic pour les africains ?

Une part importante de nos objets sont parties en Europe et d'autres très importants sont encore en train de partir. Le résultat c'est que nous allons perdre la possibilité d'éduquer nos enfants sur notre propre culture et notre histoire. Si vous voulez savoir comment vos ancêtres vivaient, vous êtes aujourd'hui obligé d'aller à Paris pour voir les choses anciennes. Oron ne peut pas construire des nations si les sources de connaissances de notre histoire sont ailleurs.

Sans penser en terme économique, le patrimoine est le fondement de la construction des identités, de notre histoire. Et c’est dommage que nous continuons à perdre ces éléments de notre histoire.

Peut-on espérer un jour, un éventuel retour en Afrique de ces objets exportés ?

On a mis en place des conventions internationales, en particulier, l'UNESCO a créé le comité intergouvernemental pour encourager le retour des biens culturels. Mais ça ne fonctionne pas beaucoup parce qu'il n'y a pas une vraie démarche solidaire pour poser le problème. Je pense qu'il faut encourager les gouvernements africains à être beaucoup plus présents dans ce secteur. Une présence pour dire aux européens, ces objets nous intéressent. Pour cela, il faut que nos gouvernants mettent en place des structures patrimoniales qui fonctionne nt, des politiques patrimoniales et des politiques culturelles qui soient crédibles. Aujourd'hui nos musés sont pauvres, misérabilismes et cela n'est pas acceptable".