Premier Sommet de l’AES à Niamey: La démarcation avec la CEDEAO désormais actée par Tiani, Goïta et Ibrahim

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Le général Abdourahamane Tiani (à droite), chef du régime militaire au Niger, et son homologue burkinabè, le capitaine Ibrahim Traore (à gauche), lors de l'arrivée de ce dernier à Niamey, le 5 juillet 2024.

Les régimes militaires au pouvoir au Burkina, au Mali et au Niger ont fait un pas de plus vers le divorce avec le reste du bloc ouest-africain, à l’occasion d’un Sommet à Niamey où ils doivent acter la création d’une Confédération entre leurs trois États. 

Ce sommet rassemble pour la première fois les Présidents de l’AES (Alliance des États du Sahel), une organisation créée en septembre 2023 et réunissant le Mali, le Burkina et le Niger, où des militaires ont pris le pouvoir par des coups d’État entre 2020 et 2023 et qui font tous face à des violences jihadistes récurrentes. Ces trois pays ont annoncé fin janvier 2024 leur départ de la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), une organisation qu’ils jugent instrumentalisée par la France, ex-puissance coloniale avec laquelle ils ont multiplié les actes de rupture.

Le général nigérien Abdourahamane Tiani (c) accueille son homologue burkinabé le capitaine Ibrahim Traoré (d) à son arrivée à Niamey pour un Sommet, le 5 juillet 2024.

Et ils ne semblent pas disposés à faire marche arrière. Ce samedi 06 juillet 2024, en ouverture du Sommet, le chef du régime militaire nigérien Abdourahamane Tiani a affirmé que les peuples de leurs trois pays avaient « irrévocablement tourné le dos à la CEDEAO ».

Le général Tiani s’exprimait devant son homologue burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, et malien, le colonel Assimi Goïta. Les trois hommes, tous vêtus de leurs habits militaires, se sont rendus vers 13H00 (12H00 GMT) au Centre de conférences de Niamey où le Sommet se tient sous haute sécurité.

Le général Tiani a appelé à faire de l’AES une « alternative à tout regroupement régional factice en construisant une communauté souveraine des peuples, une communauté éloignée de la mainmise des puissances étrangères ». Les relations AES-Cedeao se sont considérablement détériorées à la suite du coup d’État du 26 juillet 2023 ayant porté le général Tiani au pouvoir. La CEDEAO avait alors pris de lourdes sanctions économiques contre le Niger et menacé d’intervenir militairement pour rétablir le Président déchu, Mohamed Bazoum, dans ses fonctions. Les sanctions ont depuis été levées, en février 2024, mais les relations entre les deux camps restent glaciales, malgré des appels de certains Présidents – sénégalais et mauritanien notamment – à renouer le dialogue.

– Confédération –

La CEDEAO doit tenir dimanche un Sommet de ses Chefs d’État, à Abuja, où la question des rapports avec l’AES sera au menu des discussions. « L’AES constitue le seul regroupement sous-régional efficient dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, la CEDEAO ayant brillé par son déficit d’implication dans cette lutte », a également déclaré le général Tiani ce 06 juillet. Avant lui, le capitaine Traoré avait estimé que l’Afrique continuait de « souffrir du fait des impérialistes ». « Nous mènerons une guerre sans merci à quiconque osera s’attaquer à nos États », a-t-il ajouté. Assimi Goïta avait de son côté appelé à faire de l’AES « un modèle de coopération et d’intégration sous-régionale » et assuré que les Armées des trois pays « opèrent en totale complémentarité face aux attaques terroristes ». 

Début mars 2024, Mali, Burkina et Niger avaient annoncé la création d’une Force conjointe anti-jihadiste, dont les contours et les effectifs n’ont pas été précisés. Ce Sommet doit consacrer la transformation de cette alliance en Confédération. Le projet avait été finalisé par les ministres des Affaires étrangères en mai 2024, mais doit encore être adopté par les Chefs d’État des trois pays, qui abritent quelque 72 millions d’habitants. Les pays de l’AES ont fait de la souveraineté une ligne directrice de leur gouvernance.

Ils ont tour à tour chassé les soldats français engagés dans la lutte anti-jihadiste de leur sol et se sont tournés vers d’autres pays comme la Russie, la Turquie et l’Iran, qu’ils qualifient régulièrement de « partenaires sincères ». Ils font face depuis des années à des violences jihadistes meurtrières, en particulier dans la zone dite des « trois frontières », où des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique tuent civils et soldats dans des attaques, et entraînent le déplacement de millions de personnes.

Samedi, l’organisation RSF (Reporters sans Frontières) a alerté sur le fait que ce Sommet intervient « dans un contexte difficile pour les médias » dans les pays de l’AES, où plusieurs journalistes ont été arrêtés ces derniers mois, au Mali et au Burkina Faso notamment.

« Ce sommet ne doit pas occulter la question des libertés fondamentales de plus en plus réprimées depuis l’arrivée des militaires au pouvoir », estime Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. 

Le capitaine Ibrahim Traore (à gauche), chef du régime militaire du Burkina Faso, assis à côté du général Abdourahamane Tiani (à droite), son homologue du Niger, le 5 juillet 2024 à Niamey.

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