Pourquoi Bintou Keita quitte la MONUSCO avant le terme de son mandat?

Le départ anticipé de Bintou Keita a été confirmé par la mission qui évoque une ‘’décision personnelle’’. La diplomate guinéenne est arrivée à Paris ce 1er février, et se dirige, selon plusieurs sources onusiennes, vers la retraite.

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New York (© 2025 Afriquinfos)- Après cinq années passées à la tête de la Monusco, la cheffe de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC a quitté ses fonctions plus tôt que prévu. Bintou Keita a quitté Kinshasa dimanche 30 novembre, mettant fin à près de cinq années à la tête de la MONUSCO, alors même que son départ était prévu pour février 2026.

Le départ anticipé de Bintou Keita a été confirmé par la mission qui évoque une ‘’décision personnelle’’. La diplomate guinéenne est arrivée à Paris ce 1er février, et se dirige, selon plusieurs sources onusiennes, vers la retraite.

Ce retrait intervient cependant dans un contexte de fortes tensions autour de la mission. Kinshasa réclame le départ de l’un de ses porte-parole, tandis que l’AFC/M23 accuse la MONUSCO d’être une « entité belligérante vaincue ».

De son côté, Kigali considère la mission comme trop proche des autorités congolaises. En succédant à l’Algérienne Leila Zerrougui, Bintou Keita était devenue la deuxième femme, et la première issue d’Afrique subsaharienne, à diriger la MONUSCO. Sous son mandat, les Casques bleus se sont retirés progressivement du Kasaï, du Tanganyika et du Sud-Kivu entre 2021 et 2024. La mission reste désormais déployée au Nord-Kivu et en Ituri.

Avant de prendre la tête de la MONUSCO, Bintou Keita avait été nommée Sous-Secrétaire générale aux opérations de maintien de la paix par le Secrétaire général de l’ONU en septembre 2017.

La Monusco insiste sur l’absence d’enquête interne la visant, réfutant des allégations qui ont alimenté les commentaires à Kinshasa. Cette clarification a été réaffirmée à RFI par la porte-parole de la mission, Ndeye Khady Lo. Qu’il soit qualifié de volontaire ou de précipité, ce départ intervient après des mois de spéculations. Déjà en février, le nom de Bintou Keita circulait pour un éventuel remplacement, avant que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ne la reconduise à la suite de la chute de Goma.

Face à la gravité de la crise humanitaire et sécuritaire, son maintien visait à assurer une continuité stratégique. Aujourd’hui, l’ONU martèle que l’initiative émane de la cheffe de mission elle-même, mettant fin à toute lecture coercitive.

L’intérim est déjà balisé

Sous la direction de Bintou Keita, la Monusco a affronté l’avancée de l’AFC/M23 dans le Nord-Kivu. Elle a publiquement pointé la responsabilité du Rwanda, soulignant que la configuration de la mission n’avait pas été pensée pour un affrontement avec une armée régulière.

Cette prise de position lui a valu l’hostilité du mouvement rebelle et de Kigali. Elle a également coïncidé avec un retrait progressif de la Monusco de plusieurs provinces, dont le Kasaï, le Tanganyika et le Sud-Kivu, laissant aujourd’hui la mission concentrée sur le Nord-Kivu et l’Ituri.

Du 1ᵉʳ au 28 décembre, Bruno Lemarquis, représentant spécial adjoint du secrétaire général et coordonnateur humanitaire, prendra les commandes de la mission. À compter du 28 décembre, la direction passera à Vivian van de Perre, représentante spéciale adjointe chargée de la protection et des opérations. Cette organisation vise à éviter toute vacance à la tête d’une mission régulièrement sollicitée par les autorités congolaises.

Le choix définitif reviendra à Antonio Guterres, mais deux noms américains reviennent avec insistance. David Gressly, ancien numéro deux de la Monusco pendant six ans, est cité pour sa connaissance fine du terrain.

James Swan, actuellement représentant spécial en Somalie et ambassadeur des États-Unis en RDC de 2013 à 2016, apparaît également comme un prétendant crédible. Aucun calendrier de nomination formelle n’a filtré à ce stade. La réduction géographique opérée sous Bintou Keita nourrit un débat récurrent sur la pertinence de la force onusienne. Quitter le Kasaï, le Tanganyika et le Sud-Kivu a recentré les moyens sur les foyers les plus critiques, mais a aussi laissé des zones sans présence internationale.

Cette dynamique de retrait constitue l’arrière-plan des discussions sur l’avenir de la Monusco, alors même que la résurgence de l’AFC/M23 souligne la persistance d’un écart entre mandats et capacités.

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