Abuja (© 2026 Afriquinfos) – La décision fait grand bruit au Nigeria et relance un débat qui dépasse les frontières du pays. La Haute Cour de Calabar (État fédéré de Cross River) a condamné à la peine de mort par pendaison Ubong Bassey Etim, un pasteur de 51 ans reconnu coupable du « meurtre de sa propre fille, Deborah Bassey, âgée de 16 ans. Et atteinte du syndrome de Down (trisomie 21).
Selon les éléments retenus par la justice, l’adolescente avait été accusée par son père d’être une sorcière. Une accusation infondée qui s’est soldée par un drame: le 15 février 2025, la jeune fille a été tuée à leur domicile de Calabar.
Après plusieurs mois d’enquête et de procédure, le tribunal, présidé par la juge Blessing Egwu, a estimé que les preuves présentées par l’accusation établissaient sans équivoque la culpabilité du pasteur. Il a été condamné à la peine capitale par pendaison.
Une décision saluée par les défenseurs des droits de l’enfant
L’affaire avait profondément choqué l’opinion publique nigériane. Plusieurs organisations de défense des droits humains, parmi lesquelles la Basic Rights Counsel Initiative (BRCI), ont salué un jugement qualifié de «victoire historique» contre les accusations de sorcellerie visant les enfants. Pour ces organisations, cette condamnation envoie un message clair: aucune croyance religieuse ou traditionnelle ne peut justifier des violences contre des enfants, encore moins contre ceux vivant avec un handicap.
Chaque année, dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, des enfants sont encore victimes d’accusations de sorcellerie. Les personnes vivant avec un handicap, notamment celles atteintes de trisomie 21, d’autisme ou d’autres déficiences intellectuelles, figurent parmi les plus exposées à ces stigmatisations, de l’avis recoupé de plusieurs organisations de défense des droits humains.
Peine de mort: justice ou dissuasion?
Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, le verdict relance un débat mondial: la peine de mort constitue-t-elle une réponse appropriée face aux crimes les plus odieux? Les partisans de la peine capitale estiment que certains actes, notamment les meurtres d’enfants ou les crimes particulièrement cruels, méritent la sanction la plus sévère. Selon eux, cette peine répond à une exigence de justice pour les victimes et peut avoir un effet dissuasif. Sur d’autres potentiels criminels.
À l’inverse, les organisations internationales de défense des droits humains rappellent que la peine de mort demeure irréversible en cas d’erreur judiciaire et qu’aucune étude n’a établi de manière consensuelle qu’elle réduisait davantage la criminalité que la réclusion à perpétuité. Elles plaident pour son abolition universelle.
Un continent partagé
L’Afrique présente aujourd’hui des approches très contrastées. Plusieurs États, dont le Rwanda, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore l’Angola, ont aboli la peine de mort dans leur corpus juridique. D’autres ne l’appliquent plus depuis des lustres. Une pratique devenue une coutume législative.
Le Nigeria, l’Égypte, le Botswana ou la Somalie la maintiennent dans leur arsenal juridique, même si son application varie selon les pays, les périodes et leurs Régions ou Etats fédérés pris en compte. Cette diversité reflète des conceptions différentes de la justice pénale, entre impératif de sanction, protection de la société et respect du droit à la vie.
Une question qui dépasse le Nigeria
L’affaire ‘Deborah Bassey’ dépasse le cadre d’un simple fait divers. Elle rappelle la nécessité de renforcer la protection des enfants vulnérables, de lutter contre les accusations de sorcellerie et de mieux accompagner les familles confrontées à un handicap quelconque de leurs proches parents. Elle pose également une question qui continue de diviser les sociétés: face aux crimes les plus atroces, la peine de mort représente-t-elle une justice exemplaire ou une sanction que les États devraient définitivement abandonner? Le débat reste ouvert.
Yaëlle LENGA



