Niamey (© 2026 Afriquinfos)- Le Niger et le Burkina Faso, deux Etats du Sahel, ont chacun suspendu les activités de plusieurs ONG (Organisations non gouvernementales) locales comme étrangères. Ce 22 avril, c’était au tour des autorités nigériennes de suspendre les activités de près de 3.000 ONG – locales comme étrangères- après le même scénario au Burkina Faso le 21 avril 2026.
Le Ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a annoncé à la télévision nationale la suspension de 2.900 ONG et associations de développement sur les 4.700 répertoriées dans le pays. Depuis son arrivée au pouvoir le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani a fait de la souveraineté nationale une priorité absolue.
A Niamey, les autorités reprochent régulièrement à ses ONG, un manque de transparence financière et, dans certains cas, des liens avec des groupes armés. Cette ligne politique s’aligne sur celle du Burkina Faso, voisin et allié, qui a également dissous et suspendu des centaines d’associations ces derniers jours. Les autorités nigériennes justifient ces mesures par la nécessité d’un «assainissement» du secteur et reprochent à certaines structures de soutenir des «terroristes».
Cette vague massive de suspensions fait suite à une série de restrictions déjà entamées en 2025. Plusieurs organisations avaient été interdites d’exercer pour ne pas avoir publié leurs états financiers de l’exercice 2024 au Journal officiel, comme l’exige la réglementation en vigueur. Le général Toumba a précisé que seules 1 800 organisations sont désormais autorisées à opérer, contre 4 700 auparavant.
Bien que le Niger recensait plus de 330 ONG internationales, le nombre exact de structures étrangères touchées par ces suspensions n’a pas été détaillé. Le ministre a toutefois rappelé que les ONG maintenues doivent impérativement « s’aligner sur les priorités nationales de développement » définies par l’État. Les ONG et associations avaient mobilisé plus de 250 milliards de francs CFA en 2024, selon les chiffres officiels.
360 associations suspendues au Burkina Faso
Avant le Niger, le Burkina Faso a suspendu mardi 21 avril près de 360 associations pour ‘’non‑renouvellement de leurs instances’’, une semaine après en avoir dissous plus d’une centaine, majoritairement actives dans la défense des droits humains. Ces mesures s’inscrivent dans un durcissement du cadre légal des associations, au nom de la transparence et de la lutte contre le financement du terrorisme.
Mi-avril 2026, le pouvoir a annoncé la dissolution de 118 associations, pour une grande partie engagées dans la défense des droits humains, invoquant des «dispositions légales en vigueur» sans autres précisions.
Les associations suspendues interviennent notamment dans les domaines de la religion, de l’environnement, des droits humains, du sport, de l’éducation ou encore de la solidarité. «Pendant la durée de la suspension, seules les actions tendant à régulariser la situation de chaque association sont autorisées», souligne le document.
Le Burkina est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en septembre 2022. En juillet 2025, le chef de la junte a promulgué une loi qui encadre la liberté d’association, les ONG et les syndicats. Cette loi réaffirme la liberté d’association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution.
Selon les autorités, la loi vise à renforcer la transparence, faire la cartographie des associations et ONG, et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du ‘’terrorisme« . Les ONG internationales ou associations fonctionnant avec des financements internationaux sont souvent accusées d’espionnage ou de collusion avec les jihadistes.
‘’Nous avons des associations et des ONG dont on ignore les sources de financement, dont on ignore les programmes d’activité. On va mettre fin à cela’’, a déclaré samedi le Premier Ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, à la télévision publique. ‘’Aucune association ne va être le cheval de Troie pour qui qui ce soit’’, a-t-il martelé.
Lundi, l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch avait déploré que la loi permettait à la junte d’’’intensifier sa répression généralisée de la société civile’’. Début avril, le capitaine Ibrahim Traoré, qui mène une politique souverainiste et revendique une ‘’révolution progressiste populaire’’, avait déclaré que les Burkinabè devaient ‘’oublier la démocratie’’.
V. A.



