Littérature: 45 ans après sa disparition, Mariama Ba a légué à la postérité une « Si longue lettre » toujours d’actualité

Afriquinfos Editeur
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Une affiche d'une si longue lettre de Mariama Bâ (DR-Youtube)

Dakar (© 2026 Afriquinfos)- Décédée le 17 août 1981, Mariama Bâ reste une figure majeure de la littérature sénégalaise et africaine, quarante-cinq ans après sa disparition. Alors qu’elle n’aura écrit que deux romans pour bouleverser durablement la littérature africaine, elle demeure celle dont la plume et la voix ont longtemps porté les causes des femmes.

En 1979, elle publie ‘’Une si longue lettre’’, son premier roman. Dans cette œuvre épistolaire, Ramatoulaye Fall raconte à son amie Aïssatou son veuvage, sa vie de femme et de mère, mais aussi les blessures liées à la polygamie. Mariama Bâ s’en défendra, son héroïne n’étant pas, selon elle, son double. Le roman connaît pourtant un succès immédiat et lui vaut, en 1980, le premier prix Noma de publication en Afrique, décerné lors de la Foire du livre de Francfort, une distinction alors inédite pour une femme africaine.

Traduit depuis dans une vingtaine de langues et inscrit dans les programmes scolaires sénégalais, Une si longue lettre s’impose comme un classique de la littérature africaine d’expression française. Le roman connaîtra même une nouvelle vie à l’été 2025 avec son adaptation au cinéma par la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang.

Mais Mariama Bâ n’aura pas le temps de mesurer toute l’ampleur de son héritage. Elle s’éteint à Dakar le 17 août 1981, à l’âge de 52 ans, des suites d’une longue maladie. En ce 45e anniversaire de sa disparition, le souvenir de l’écrivaine reste particulièrement vivant, tant son œuvre continue de nourrir les réflexions sur la place des femmes, l’éducation, le mariage et les traditions.

‘’Un chant écarlate’’

Quelques mois après sa mort paraît son second roman, Un chant écarlate. Publié à titre posthume, le livre poursuit son exploration des tensions entre traditions africaines et bouleversements du monde moderne, à travers l’histoire d’un couple mixte confronté aux incompréhensions familiales et sociales. L’œuvre lui vaudra, en 1982, le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.

Née le 17 avril 1929 à Dakar, dans une famille lébou musulmane, Mariama Bâ grandit dans un environnement où l’instruction occupe encore une place rare pour une jeune fille de son époque. Fille d’Amadou Bâ, qui deviendra ministre de la Santé dans le premier gouvernement sénégalais de 1957, elle est élevée par son grand-père après la mort de sa mère. Malgré les réticences de son entourage, elle poursuit ses études, encouragée notamment par son père.

Elle intègre l’École normale des jeunes filles de Rufisque, véritable pépinière de l’élite féminine africaine francophone, où elle obtient son diplôme de titularisation dans l’enseignement en 1947.

Institutrice pendant plusieurs années, elle épouse le Député Obèye Diop, avec lequel elle aura neuf enfants avant de divorcer. Cette expérience personnelle la confronte aux réalités de la condition féminine, auxquelles elle consacrera une grande partie de son engagement. Mariama Bâ multiplie alors les discours et les articles de presse en faveur des droits des femmes, s’investit dans plusieurs associations féminines et défend une éducation qu’elle considère comme la condition première de toute émancipation.

Elle dénonce notamment la marginalisation des femmes dans les instances de décision, les insuffisances liées à la protection de la maternité et la polygamie, autant de questions qui nourriront plus tard son œuvre littéraire.

Quarante-cinq ans après sa disparition, l’héritage de Mariama Bâ reste intact. Le Sénégal lui a rendu hommage en donnant son nom à plusieurs établissements, notamment à la Maison d’éducation Mariama Bâ, située sur l’île de Gorée.

V.A.