Paris (© 2025 Afriquinfos)- D’une même voix, la France et le Togo ont appelé à une mobilisation urgente pour la région des Grands. Les deux pays ont lancé cet appel à la communauté internationale lors de la conférence internationale de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs tenue le 30 octobre 2025.
Ainsi Paris et Lomé invite les uns et les autres à ‘’ne pas détourner le regard’’ face à une crise multidimensionnelle qui frappe l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et ses voisins.
Cette crise « n’est pas oubliée » et elle « n’est pas négligée », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot lors de son discours inaugural. Il a évoqué un conflit qui « s’immisce dans toutes les communautés » entre les frontières congolaises, rwandaises, burundaises et ougandaises. Depuis janvier 2025, 2,4 millions de personnes ont été déplacées par les combats, tandis que la RDC compte désormais près de 6 millions de déplacés et un million de réfugiés dans la région.
À ces chiffres alarmants s’ajoute une « crise alimentaire » touchant plus de 27 millions de personnes, une « crise de sécurité » où les femmes sont en première ligne des violences sexuelles, et une « crise sanitaire » marquée par des pénuries de médicaments.
Face à cette détérioration, Jean-Noël Barrot a défini trois priorités : ‘’faire entendre la voix du terrain’’, combler le déficit de financements humanitaires — alors que le plan de réponse des Nations Unies n’est financé qu’à « 16 % » — et garantir l’usage effectif des fonds. Il a également exprimé le « plein soutien’’ de la France aux médiations en cours conduites par les États-Unis, le Qatar, le Togo et auparavant l’Angola, qualifiant les négociations entre la RDC et le Rwanda, ainsi qu’avec le M23, de ‘’primordiales’’.
« L’ensemble de la région des Grands Lacs voit ressurgir un conflit qui s’immisce dans toutes les communautés, des deux côtés des frontières congolaises, rwandaises, burundaises et ougandaises« , a reconnu le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans son discours.
Au-delà de l’urgence, le ministre a insisté sur la nécessité de lier la paix à la prospérité, en rappelant l’héritage de l’intégration européenne. Un volet de la conférence est ainsi consacré à l’intégration économique régionale, avec des échanges programmés dans le cadre du Forum de Paris pour la paix.
Prenant la parole à sa suite, le Ministre togolais Robert Dussey a dénoncé une ‘’tragédie humaine, régionale et morale’’ et un ‘’échec collectif de la communauté internationale à garantir la paix et la dignité humaine’’. Selon lui, ‘’le silence, l’absence ou l’inaction ne sont plus tolérables’’.
Robert Dussey, a livré un message empreint de gravité : « Ce n’est pas seulement une crise congolaise, c’est une crise régionale. Et osons le dire, c’est un échec collectif de la communauté internationale à garantir la paix et la dignité humaine, là où elles devraient être des droits fondamentaux« .
Le Ministre de la diplomatie togolaise a salué les humanitaires, volontaires et soignants ‘’qui, malgré le danger, continuent de servir la vie’’, avant de poser l’enjeu : ‘’Cette conférence ne doit pas être un simple moment de parole, elle doit être une occasion d’agir et d’agir ensemble’’. Il a appelé à faire converger action humanitaire, diplomatie de paix et relance économique.
‘’Notre démarche est simple et claire : rassembler, apaiser et relier la paix à la dignité humaine’’, a-t-il déclaré, affirmant que le Togo, au nom de l’Union africaine, ‘’restera fidèle à cette vocation’’.
L’objectif affiché de cette conférence est de construire une réponse internationale structurée, combinant urgence humanitaire, règlement politique durable et renforcement de l’intégration économique entre les pays de la région des Grands Lacs. Un ‘’plan d’action’’ a été proposé et devrait être discuté au cours de la journée, dans un esprit de ‘’solidarité internationale et d’appropriation africaine’’, a-t-il souligné
Un sommet boycotté par lzs dirigeants africains ?
Présentée comme une nouvelle impulsion diplomatique pour la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs africains, notamment pour résoudre la crise sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la conférence internationale à Paris s’est tenue dans un climat feutré, bien loin de la grande mobilisation initialement envisagée.
C’est pourtant un sommet d’envergure qui avait été envisagé. La liste des invités comptait une centaine de personnalités, parmi lesquelles plusieurs chefs d’Etat africains, impliqués dans la crise en RDC, au cœur de l’agenda de cette rencontre.
Au final, seuls deux dirigeants africains ont fait le déplacement, à savoir le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et le président du Conseil des ministres du Togo, Faure Gnassingbé, désignés en avril dernier par l’Union africaine en tant que médiateur de la crise dans les Grands Lacs.
La plupart des pays étaient représentés par leurs ministres ou par des envoyés spéciaux, dont le Rwanda, l’autre acteur central de la crise, représenté par son chef de la diplomatie, Olivier Nduhungirehe.
Les débats ont également porté sur les garanties d’accès aux populations civiles, le financement des opérations, mais aussi les projets structurants pour renforcer la résilience régionale.
Lors de la conférence, le président français Emmanuel Macron a annoncé la mobilisation d’une aide internationale de 1,5 milliard d’euros (environ 1,74 milliard de dollars) destinée à répondre à l’urgence humanitaire, alors que seulement 16% du plan de réponse humanitaire 2025 pour la RDC, évalué à 2,5 milliards de dollars, ont été financés à ce jour.
Vignikpo Akpéné



