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Emissions de CO2/Les Nations Unies interpellent encore l’Afrique et le monde

Afriquinfos Editeur Publié le 28 novembre 2019
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9 Min de Lecture
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New York (© 2019 Afriquinfos)-Il n’y a plus une minute à perdre : si le monde remet encore à plus tard les actions immédiates et radicales nécessaires pour réduire les émissions de CO2, la catastrophe climatique ne pourra plus être évitée, avertit un nouveau rapport sur la réduction des émissions du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publié mardi.

« Depuis dix ans, le rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions tire la sonnette d’alarme, et depuis dix ans, le monde n’a fait qu’augmenter le volume de ses émissions », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres.

Pour éviter une telle catastrophe, les émissions de CO2, qui augmentent chaque année, doivent être réduites de 7,6% par an, tous les ans entre 2020 et 2030. Sinon le monde manquera l’occasion de se   mettre sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5°C, fixé par l’Accord de Paris.

Pour le chef de l’ONU, c’est le moment « d’écouter la science ». Car « ne pas tenir compte de ces avertissements et prendre des mesures drastiques pour inverser les émissions » implique une orientation qui mènerait le monde à « être témoin de vagues de chaleur mortelles et catastrophiques, de tempêtes et de pollution ».

Le rapport annuel sur « L’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions » indique que les efforts collectifs actuels devront au moins être multipliés par cinq pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de 1,5°C fixé par l’Accord de Paris.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, ambition idéale de l’Accord de Paris, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6% par an, chaque année dès l’an prochain et jusqu’à 2030. Soit un total de 55% de baisse entre 2018 et 2030.

Selon le rapport, tout retard au-delà de 2020, rendrait « rapidement l’objectif de 1,5°C hors de portée ». Même pour espérer limiter le réchauffement à +2°C, il faudrait réduire les émissions de 2,7% par an de 2020 à 2030.

« L’ampleur de ces réductions annuelles peut sembler choquante. Elles peuvent aussi sembler impossibles, du moins pour l’année prochaine. Mais il faut essayer », a affirmé Inger Andersen, Directrice exécutive du PNUE.

Mais ces émissions, générées en particulier par les énergies fossiles, ont augmenté de 1,5% par an ces dix dernières années et « il n’y a aucun signe (qu’elles) atteignent leur pic dans les prochaines années », souligne le PNUE, notant également ce nouveau record de 55,3 gigatonnes de CO2 en 2018, provenant notamment de changements d’affectation des sols comme le déboisement.

« Notre incapacité collective à agir rapidement et à redoubler d’efforts pour lutter contre le changement climatique implique que nous devons maintenant réduire considérablement nos émissions, à hauteur de plus de 7 % par an, si nous les répartissons de manière équilibrée au cours de la prochaine décennie », a ajouté la Directrice exécutive du PNUE.

Chaque année, le rapport présente des moyens de combler cet écart. Cette année, le rapport examine le potentiel de la transition énergétique, en particulier dans les secteurs de l’électricité, des transports et du bâtiment, et l’efficacité dans l’utilisation de matériaux comme l’acier et le ciment.

[Panneaux solaires à l’hôpital rural Sipepa de Bulawayo, Zimbabwe. Les panneaux solaires permettent de travailler sans interruption du aux coupures de courant. (5 juin 2018)]

PNUD/Slingshot

Panneaux solaires à l’hôpital rural Sipepa de Bulawayo, Zimbabwe. Les panneaux solaires permettent de travailler sans interruption du aux coupures de courant. (5 juin 2018)

68 pays engagés à augmenter leur ambition, et parmi eux aucun des plus émetteurs du G20

Le monde a déjà gagné environ +1°C depuis l’ère pré-industrielle, entraînant une multiplication des catastrophes climatiques. Et chaque demi-degré supplémentaire va aggraver l’impact des dérèglements climatiques. Or, selon le PNUE, si les émissions se poursuivent au rythme actuel, la planète pourrait se réchauffer de 3,4 à 3,9°C d’ici la fin du siècle. Et même si les Etats signataires de l’accord de Paris respectent leurs engagements, le mercure montera de 3,2°C.

« Il est crucial que nous apprenions de nos atermoiements. Tout retard supplémentaire entraîne la nécessité de réductions plus importantes, plus coûteuses et, franchement, peu probables », a ajouté Mme Andersen.

Les signataires de l’accord de Paris doivent multiplier leurs ambitions par trois pour atteindre le premier objectif, par 5 pour le second. Et ces engagements doivent être suivis d’actions immédiates. Alors que l’Accord de Paris prévoit une révision des engagements des Etats pour la COP26 à Glasgow fin 2020, pour l’instant, seuls 68 pays se sont engagés à augmenter leur ambition, et parmi eux aucun des plus émetteurs du G20.

« Les pays du G20 sont responsables de 78% de toutes les émissions, mais 15 de ses membres ne se sont pas engagés à respecter un échéancier pour les émissions nettes nulles », précise le document du PNUE.

Selon ce document, les pays développés devront réduire, à court terme, leurs émissions plus rapidement que les pays en développement, pour des raisons de justice et d’équité. Cependant, tous les pays devront contribuer davantage aux effets collectifs.

Les pays en développement peuvent tirer des leçons des efforts fructueux des pays développés ; ils peuvent même les dépasser et adopter des technologies plus propres à un rythme plus rapide.

Les efforts passeront aussi par des investissements beaucoup plus importants. Ainsi, dans un scénario à +1,5°C, le PNUE évoque pour le seul secteur énergétique des investissements de 1.600 à 3.800 milliards de dollars par an entre 2020 et 2050.

Chaque année de retard à partir de 2020 nécessitera des réductions d’émissions plus rapides, ce qui deviendra de plus en plus cher, improbable et difficile

Si les coûts financiers ou sociétaux de cette transition peuvent sembler colossaux, tergiverser sera encore pire : « chaque année de retard à partir de 2020 nécessitera des réductions d’émissions plus rapides, ce qui deviendra de plus en plus cher, improbable et difficile », insiste le PNUE. 

Dans l’édition de cette année, l’ONU met ainsi en avant la transition énergétique et le potentiel d’efficacité de l’utilisation de certains matériaux. Une orientation qui peut contribuer grandement à réduire l’écart entre les besoins et les perspectives en matière d’émissions. Pour les experts, les réductions requises ne peuvent être obtenues qu’en transformant le secteur de l’énergie.

 La bonne nouvelle, c’est que l’éolien et le solaire sont devenus dans la plupart des endroits la source d’électricité la moins chère. Le principal défi consiste maintenant à concevoir et à mettre en œuvre un système électrique intégré et décentralisé », John Christensen, Directeur du partenariat PNUE-Institut danois de la technologie.

Une façon aussi de montrer la « bonne direction » et avertir que tout délai rendra encore plus inaccessibles les objectifs de l’Accord de Paris.

L’année 2020 sera décisive à cet égard puisqu’un cycle de révision à la hausse des engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre est prévu l’année prochaine, pour la COP26 à Glasgow.

« Nous avons besoin de succès rapides alors que nous mettons en route les transformations sociétales radicales exigés par le changement climatique, autrement l’objectif des 1,5°C énoncé par l’Accord de Paris sera hors de portée », a conclu Inger Andersen.

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