L’avenir de la Libye dépend du succès du processus de réconciliation nationale, selon des experts italiens

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"L'identité nationale libyenne est très fragile et doit être recréée par l'unification des différentes tribus et des différents groupes ethniques qui constituent ce pays. Après tout, M. Kadhafi a réussi en 42 ans de règne à cristalliser un consensus populaire, et c'est ce que doit faire la population désormais", a déclaré Arturo Varvelli, chercheur de l'Institut de politique internationale IPSI, basé à Milan.

Le risque, selon M. Varvelli ,est que l'opinion publique libyenne tombe dans une période d'instabilité et de chaos qui rendrait inévitable une intervention occidentale sous une forme ou sous une autre, par exemple dans le cadre du mission internationale de maintien de la paix.

"Les semaines qui suivront seront cruciales pour déterminer l' avenir de la nouvelle Libye, nous devons tous attendre de voir ce qui arrivera quand Kadhafi sera capturé ou tué. La situation sur le terrain est très complexe", a-t-il mis en garde.

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D'un côté, les puissances occidentales n'ont aucune intention d'augmenter leur implication, en particulier les États-Unis qui souhaitent éviter un nouveau conflit comme ceux en Irak ou en Afghanistan, et qui considèrent la Libye davantage comme l'affaire de l'Europe, mais d'un autre côté aucun pays européen situé sur la Méditerranée n'a intérêt à avoir un voisin instable, et c'est vrai en particulier de l'Italie et de la France. Sans parler de la possibilité d'une "irakisation" de la Libye.

Toutefois, le directeur de l'International Affaires Institute (IAI), Stefano Silvestri, écarte l'hypothèse d'une opération de maintien de la paix menée par les occidentaux en Libye.

"J'attends avec beaucoup d'optimisme et d'espoir la réunion internationale sur la Libye qu'a convoquée la France, et qui sera l'occasion parfaite de tracer la voie vers un processus diplomatique et politique conduisant à terme à une renaissance de la Libye. La communauté internationale est destinée à jouer un rôle essentiel dans la mise en place d'un plan de transition concret, mais le succès de cette phase de construction d'une nation réside entre les mains du peuple libyen", a-t-il estimé.

Tout en reconnaissant que la chute de Tripoli aux mains des rebelles apportait "une courte période d'optimisme en particulier pour les pays occidentaux impliqués dans la mission de l'OTAN", M. Varvelli fait valoir qu'une phase d'instabilité prolongée pourrait suivre, tout en excluant un risque de division territoriale du pays.

Il convient cependant que la sortie de cette crise dépendra en grande partie de la capacité du peuple libyen à se réconcilier et à surmonter les conflits tribaux.

"Le temps est venu pour le Conseil national de transition ( CNT) de prendre des décisions importantes et de faire la preuve de sa capacité à diriger. Il doit montrer au peuple sa véritable identité : au sein du CNT figurent de nombreuses factions différentes comme les monarchistes soutenus par les royaumes du Golfe ou encore le courant islamiste, qui doivent se mettre d' accord", estime-t-il.

"Il est vital que tous les groupes ethniques soient impliqués, même ceux qui sont restés neutres pendant le conflit. Tout le monde doit être représenté dans le nouveau cabinet par le biais d'élections valables", a souligné M. Silvestri.

Le principal obstacle tiendra à la capacité politique effective de la future classe dirigeante et à l'absence actuellement de dirigeants charismatiques sur cette scène, la plupart étant simplement des chefs tribaux, selon M. Silvestri.

Tous deux sont d'accord que l'évolution future de la crise libyenne aura un effet direct sur les relations entre la Libye et les autres pays du monde.

Selon M. Varvelli, l'amitié historique entre la Libye et l' Italie ne sera jamais aussi forte que lorsque M. Kadhafi était au pouvoir, tandis que M. Silvestri juge que la proximité géographique maintiendra les liens entre les deux pays aussi étroits que jamais.

M. Silvestri estime que les relations économiques entre l' Italie et la Libye devraient rester solides en raison des intérêts mutuels.

"Relancer les exportations de gaz vers l'Italie sera le moteur qui mettra en marche la reprise économique libyenne. L’approvisionnement en gaz vers l'Italie a été interrompu depuis février et les deux pays ont intérêt à le remettre en place", a-t- il commenté.

Toutefois, l'Italie est désormais confrontée à une concurrence croissante d'autres pays européens pour les relations avec la Libye, a-t-il ajouté.

M. Silvestri a mis en garde que le territoire libyen pourrait devenir un terrain d'affrontements entre pays européens, exprimant l'espoir que la conférence internationale à Paris contribuerait à éviter une intensification de telles divergences.