Projecteur sur Colette Senghor Hubert, seconde épouse de Senghor

Projecteur sur Colette Senghor Hubert, seconde épouse de Senghor

Calvados (© 2019 Afriquinfos)- Alors qu’elle devrait fêter ses 94 ans ce 20 novembre, Colette Senghor, épouse et muse de l’ancien président du Sénégal est décédé le 18 novembre à Verson (Calvados), ce 18 novembre, à deux jours donc de son anniversaire.

Le président-poète sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001), pourtant peu disert sur sa vie sentimentale, confia un jour : « Une Africaine me présenta sa jeune amie, une Normande, et j’eus soudain un coup au cœur. » Elle s’appelait Colette Hubert et deviendra la seconde épouse de Senghor. La future première dame du Sénégal naît le 20 novembre 1925 à Mouzay (Meuse), dans une famille de vieille noblesse normande dont les origines, aimera rappeler Senghor, remontent à l’époque de Guillaume le Conquérant.

Lorsqu’elle rencontre Senghor, il est député du Sénégal et a, derrière lui, une première vie conjugale. En 1946, il a convolé avec une Guyanaise, Ginette Eboué, fille du célèbre Félix Eboué, gouverneur du Tchad rallié à de Gaulle dès l’appel du 18 juin et seul Noir reposant aujourd’hui au Panthéon. Le prisonnier de guerre Senghor avait connu les frères de Ginette en captivité. Le couple aura deux fils, Francis et Guy, mais leur union, plutôt malheureuse, s’achèvera par un divorce en 1955.

Avec Ginette, dira Senghor, c’était un « mariage par devoir ». Avec Colette, de dix-neuf ans sa cadette, qu’il épouse le 18 octobre 1957, c’est clairement une « affaire de cœur ». Dans les années 1930, le jeune Senghor et ses camarades, futurs militants de la négritude, proscrivaient les mariages mixtes. A la fin des années 1950, Senghor a renié de longue date cette « négritude-ghetto ». Il exalte les vertus du métissage biologique et culturel. En 1958, un fils naît chez les Senghor, Philippe, qui cristallisera l’amour et la fierté du couple.

En 1960, Senghor devient le père de l’indépendance du Sénégal. Celle qu’il appelle tendrement en privé « Ma petite Colette », commence à ses côtés, et dans son ombre, une nouvelle vie qui lui vaudra l’admiration et le respect des Sénégalais. Elégante et discrète, elle n’occupe aucune fonction officielle, n’émet aucun commentaire politique et ne se mêle en rien des affaires de l’Etat. Mais cette républicaine dans l’âme n’est pas dupe des jeux et des joutes du pouvoir. Elle n’aimerait pas que son mari fasse le « mandat de trop », comme tant de dirigeants africains cramponnés à leur trône. Elle voit d’abord en lui un intellectuel, un poète « tombé » en politique par accident. Elle est donc la première à se réjouir lorsque Senghor, en décembre 1980, quitte le pouvoir de son plein gré.

Xavier-Gilles CARDOZZO

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