Côte d’Ivoire/fêtes de fin d’année : la crise est là, mais les enfants d’abord

Afriquinfos Editeur
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PRIORITE AUX ENFANTS

 

Dans un grand supermarché de la capitale économique ivoirienne, N'Zébo Brou, un jeune comptable dans une entreprise privée, fait le tour des rayons pour repérer les cadeaux que le Père Noël va offrir la nuit de Noël à sa fille de quatre ans.

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"Elle a lorgné une voiturette à pédale, une grande poupée Barbie et je vais y ajouter quelques babioles. C'est vrai que c'est un peu cher mais pour elle, je crois que rien ne vaut la joie que je vais lire sur son visage quand elle va les découvrir", indique-t-il.

Il ajoute ne pas avoir de "programme de sortie" cette année.

Le jeune homme estime que "la situation de sécurité générale est un peu bizarre encore".

La Côte d'Ivoire se relance, depuis avril, après cinq mois de violents affrontements et deux semaines de guerre consécutifs à l'élection présidentielle de novembre dernier.

"Habituellement, je me retrouve avec les amis, mais ils ne sont pas très +chauds+ pour sortir cette année. Donc, je compte aller à l'église et rentrer directement à la maison", fait savoir N'zébo Brou.

Comme lui, de nombreux chefs de famille ne comptent pas fêter avec faste et privilégient la joie de leurs enfants.

"Mon mari a perdu son emploi après la crise post-électorale. Donc c'est moi qui fais tout à la maison. Comprenez donc que pour moi, la fête ça n'a pas vraiment grande importance…", affirme Sylvie Bailly, la quarantaine largement entamée.

"Mais au moins, j'ai acheté quelques cadeaux que je vais faire offrir à mes enfants lors d'un arbre de Noël organisé dans notre église", souligne-t-elle.

Mme Bailly habite Cocody. Mais elle a préféré aller faire l'achat des cadeaux de ses cinq enfants au marché d'Adjamé, principal quartier commercial d'Abidjan où les prix sont censés être moins élevés.

Peine perdue. Partout, les prix ont grimpé.

"J'ai cassé ma caisse d'épargne mais les 180.000 FCFA avec lesquels je suis allée au marché n'ont pas suffit pour leur cadeaux", affirme-t-elle.

Elle espère un transfert d'argent de son frère qui vit en Allemagne afin de "boucler le programme" concocté pour réunir toute la famille le jour de l'an.

Sylvie Bailly annonce un grand déjeuner pour fêter la " protection divine" qui a évité, lors des affrontements de la crise post-électorale, des pertes en vies humaines dans sa famille qui compte deux gendarmes, un policier et un agent des eaux et forêts.

Stéphane Lohouri, lui, est opérateur économique. Il pense que l'engouement des Ivoiriens pour les fêtes de cette fin d'année est "en deçà" par rapport aux années passées.

Et il explique : "l'élection présidentielle de fin 2010 a causé une grande fracture sociale parmi la population ivoirienne et la réconciliation prônée par le nouveau président tarde à venir".

Stéphane compte donc fêter "en prières", quitte à recevoir amis et parents bien plus tard.

Comme pour souligner la primauté accordée aux enfants, des " arbres de Noël" ont été organisés un peu partout à Abidjan.

Mercredi sur l'esplanade du Palais de la Culture d'Abidjan, grâce à la Fondation Children of Africa de la Première Dame, Dominique Ouattara, près de 1.000 enfants ont reçu des présents.

Avant cette cérémonie, Mme Ouattara a offert des jouets d'une valeur globale de 30 millions FCFA à près de 3.000 enfants des centres d'accueil spécialisés pour enfants en difficulté, structures sanitaires accueillant des enfants malades, des bénévoles et des enfants vivant dans les villages et hameaux du pays.

Dans le quartier de Cocody, une Fondation lance une "caravane du père Noël" pour "replonger dans l'enfance, avec arbres de Noël, lumières et chants" samedi dans sept quartiers de la commune.

Quelque 1.050 cadeaux seront offerts aux enfants, prévoit-on.

Si la fièvre ne monte pas dans les familles, les opérateurs économiques et les autorités administratives et politiques n'ont pas lésiné sur les moyens pour faire de ces fêtes de fin d'année post-crise des moments de joie pour tous.

 

ABIDJAN, "VILLE LUMIERE"

 

A quelques jours de la célébration des réveillons de Noël et de la Saint Sylvestre, la Rue des Jardins au Deux-Plateaux, dans le quartier huppé de Cocody, brille de mille feux avec oriflammes, guirlandes et décorations.

Restaurants, magasins, boutiques et écoles se sont vêtus de leurs plus beaux atouts : les banderoles "Joyeux Noël" et "Bonne année" accueillent les visiteurs dans un décor de sapins illuminés de guirlandes.

"C'est beau et ça nous rappelle que malgré les difficultés que nous avons traversées cette année, 2012 s'annonce avec toutes ses promesses", s'exclame un passant.

Au Plateau, le quartier administratif et des affaires d'Abidjan, les autorités ont installé un sapin lumineux géant pour faire de la capitale ivoirienne une "ville lumière" et exprimer la " renaissance" de la Côte d'Ivoire.

Le gouverneur du District d'Abidjan, Beugré Mambé, a annoncé que "d'ici deux à trois jours", des rues d'autres communes dont les quartiers populaires de Yopougon et d'Abobo seront illuminées.

 

"Abidjan risque d'être inondé de feux d'artifice", s'est-il réjoui faisant savoir que "la lumière rassemble et appelle à la convergence, à la solidarité, à l'espérance et à la conjugaison des efforts".

Selon lui, "la lumière appelle les Ivoiriens à la réconciliation".

A l'occasion de la mise en marche de ce sapin géant mercredi, la Première Dame a espéré que "ces lumières illumineront le coeur des Ivoiriens et favoriseront la renaissance" de la Côte d'Ivoire.

"Abidjan éclairé, c'est le signe du renouveau. L'image d'une Côte d'Ivoire brillante et belle", a-t-elle assuré appelant les Ivoiriens à "rêver ensemble d'une Côte d'Ivoire merveilleuse".