Côte d’Ivoire : une campagne mouvementée avant le scrutin législatif dimanche (SYNTHESE)

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Lancée tambour battant par-ci, sans fanfare ni trompette par là, la campagne électorale ouverte le 3 décembre a été émaillée de sérieux incidents ayant provoqué la mort d'au moins cinq personnes sur l'ensemble du territoire national.

AU MOINS CINQ MORTS, DES CANDIDATS TABASSES

Lundi à Dabou (sud), dans le village de Lopou, un affrontement entre populations civiles et soldats des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, nouvelle armée) a fait un mort dans la population.

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A moins de 100 km de là, à Grand-Lahou, trois personnes ont été tuées et trois autres blessées jeudi par une roquette anti char tirée dans une cour proche d'un lieu de meeting du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI).

Dans l'ouest du pays, à Logoualé, le candidat du Rassemblement des républicains (RDR) est mort des suites de ses blessures après avoir été grièvement brûlée dans l'incendie de sa chambre à coucher, dès l'ouverture de la campagne.

En attendant les résultats de l'enquête "ouverte" par le gouvernement, l'on se perd en conjectures face à ces drames qui ont dénaturé la campagne électorale.

Dans d'autres régions du pays, s'il n'y a pas de pertes de vies humaines, ce sont les candidats qui passent des moments difficiles.

A Ahibango, une localité du département de Tanda (nord-est), le candidat indépendant Emile Koko Adjoumany a été interdit de battre campagne dans le village.

Mercredi, un cortège de véhicules aux couleurs du candidat a été stoppé net, par une population en furie, à l'entrée du village dont est pourtant originaire son suppléant.

A Abidjan même, dans la commune de Yopougon, les colistiers du révérend pasteur Soko Waza Théophile qui conduit la liste indépendante ''Espoir pour la vie'' ont été tabassés par des éléments des FRCI sans compter les menaces verbales de ses adversaires du RDR, de l'UDPCI et du PDCI.

Des violences similaires ont été signalées dans la commune de Koumassi, à Abidjan, mais également à Man (ouest), Séguéla (nord) et Ouragahio (centre-ouest).

L'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), préoccupée, a dénoncé jeudi la présence d'hommes en armes autour des candidats.

Ces hommes perturbent la quiétude des populations et de la campagne, selon la mission onusienne.

De son côté, la section ivoirienne du Réseau ouest africain pour l'édification de la paix (WANEP-CI), une organisation de la société civile, a relevé d'autres "irrégularités" et "anomalies" qui constituent, selon elle, des violations des droits des citoyens.

Elle cite, notamment, l'absence d'un grand parti comme le Front populaire ivoirien (FPI, pro-Gbagbo) aux élections, la destruction des affiches de campagne, les affrontements entre militants et les violences verbales.

La CEI également indique avoir été saisie "de façon récurrente" des situations "plus ou moins anormales" relatives à l'utilisation par des candidats des radios de proximité à des fins de propagande électorale et à "des faits de violences physiques, injures, propos haineux, racistes et xénophobes".

LES AUTORITES APPELLENT AU CALME

Jeudi, la CEI a invité les Ivoiriens à mettre au devant " l'intérêt supérieur de la nation" en favorisant l'esprit de fair- play, de paix et de fraternité pendant les campagnes et lors du scrutin.

Le Premier ministre Soro Guillaume s'est également prononcé sur les incidents survenus lors de la campagne sur le territoire national.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, son porte- parole, Allah Kouakou, a appelé les candidats, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) et les populations à "plus de civisme".

Selon le porte-parole, les militaires présents dans les équipes de campagne de certains candidats ont été "identifiés".

"Ils seront convoqués pour être entendus et punis conformément aux textes qui régissent la fonction militaire", a-t-il assuré.

Le Premier ministre a condamné "avec la plus grande fermeté ces comportements anti républicains" et mis en garde les auteurs de " l'utilisation abusive" d'éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire ou des milices, a ajouté Allah Kouakou.

Il a en outre lancé un "appel pressant" aux partis politiques et à tous les candidats pour "mettre un terme à la violence" de manière à offrir à la Côte d'Ivoire un "scrutin apaisé".

Le processus de normalisation de la vie institutionnelle en Côte d'Ivoire, lancé avec le scrutin présidentiel de novembre dernier, doit s'achever avec les législatives.

"Si cette élection s'achève avec succès, la Côte d'Ivoire pourra alors se féliciter de figurer dans la sphère des grandes nations démocratiques et se tourner résolument vers son développement", espère le Premier ministre Guillaume Soro.

Au total 1 160 candidats sont en compétition pour 255 sièges de député.

Quelque 5,7 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans 19. 000 bureaux de vote.

Le FPI a réaffirmé "haut et fort" jeudi qu'il "ne se sent pas concerné par ces élections qui ne respectent guère les conditions d'organisation d'une élection juste et transparente".

Pour le FPI, ces conditions sont liées à la sécurité, au retour des exilés et à la libération des détenus, à l'équilibre au sein de la CEI, au découpage électoral et à la révision de la liste électorale.