Afrique du Sud: Cap sur le prochain défi de l’exécutif de coalitions après le consensus in extremis autour des langues à l’école

Afriquinfos Editeur
4 Min de Lecture
Le chef du premier parti d'opposition l'Alliance démocratique (DA), John Steenhuisen, le 2 juin 2024 à Midrand, en Afrique du Sud.

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé vendredi 20 décembre avoir signé une loi controversée portant sur les langues d’enseignement à l’école, après avoir trouvé un accord avec son principal partenaire au sein de la coalition gouvernementale.

Cette loi, dite Bela, était contestée par la DA (Alliance démocratique), alliée de l’ANC au sein du GNU (Gouvernement d’unité nationale) formé après les élections de mai 2024 où le parti de libération historique en Afrique du Sud a, pour la première fois, depuis 1994, perdu sa majorité absolue au Parlement.

Le Président Cyril Ramaphosa prête serment, à Pretoria le 19 juin 2024.

‘Les participants au mécanisme d’échange du GNU ont convenu que la loi devait être pleinement mise en œuvre’, a détaillé ce 20 décembre Cyril Ramaphosa dans un communiqué. ‘Cet avis a été entériné par les dirigeants des partis du GNU lors d’une réunion que j’ai tenue avec eux aujourd’hui’, a-t-il ajouté à l’issue de trois mois de suspension de la promulgation. ‘Le Président ne devrait pas promulguer la loi’, avait estimé en septembre 2024 le chef de la DA John Steenhuisen, en ‘menaçant d’examiner toutes les options dans le cas contraire’.

La DA a confirmé vendredi 20 décembre avoir accepté cette loi après un compromis qui lui permettra de suivre de près son application. ‘La DA et les autres partis ont accepté la mise en œuvre intégrale de la loi, mais à condition que la ministre de l’Education (Siviwe Gwarube, membre de la DA, NDLR) ait le droit de rédiger et de mettre en œuvre ses normes, règlements et critères’, a expliqué le porte-parole de la DA, Willie Aucamp, au micro de la chaîne Newzroom Afrika.

La DA et d’autres partis moins importants au sein de la Coalition s’opposaient à deux articles stipulant que les règles d’admission et la langue d’enseignement de chaque établissement, jusqu’ici décidées par son conseil de direction où siègent notamment parents d’élèves et professeurs, doivent désormais être soumises à l’approbation du Gouvernement. Ils estimaient que cela risquait de nuire à l’enseignement en langue maternelle. La minorité afrikaner  – les descendants des colons européens qui ont dirigé le pays jusqu’à la fin de l’apartheid, une des bases électorales de la DA – craint en particulier pour les écoles qui enseignent dans sa langue, l’afrikaans, dérivée du néerlandais du XVIIe siècle.

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 13 septembre 2024 à Pretoria.

La DA, qui a récolté 22% des voix aux élections générales 2024, critique régulièrement l’ANC qui demeure le premier parti du pays (40%). Leurs divergences portent notamment sur la politique étrangère, en particulier la Russie que Cyril Ramaphosa a qualifiée ‘d’allié cher et d’ami’ précieux lors du Sommet des BRICS en octobre 2024. Le maintien au Gouvernement de l’ex-ministre de la Justice Thembisile Simelane, éclaboussée par la révélation d’un scandale financier, a aussi créé des crispations, même si elle a depuis été rétrogradée dans la hiérarchie, en étant nommée ministre de l’Habitat humain.

© Afriquinfos & Agence France-Presse