Guinée : victime d’acharnement judiciaire, Cellou Dalein Diallo dans le collimateur de la junte

« Malheureux les pays qui ont besoin de héros » disait Bertolt Brecht. De libérateur à tyran il n’y a qu’un pas, et Mamady Doumbouya semble l’avoir franchi aux yeux des Guinéens. Encensé en septembre par l’ensemble de la classe politique et des organisations civiles guinéennes pour avoir fait chuter le gouvernement Condé, l’ancien colonel est sorti en moins de 6 mois du cœur de nombre de Guinéens. Pouvoir autocratique, interventions intempestives et gouvernement par décrets, rien ne va plus au palais Sekhoutouréya. A tout cela, il faut désormais ajouter l’acharnement judiciaire. Un acharnement singulièrement dirigé contre Cellou Dalein Diallo, l’ancien Premier ministre et opposant de toujours à Alpha Condé.

Expropriation

Ayant lancé une opération de récupération des biens de l’Etat, le gouvernement de transition a ordonné à Cellou Dalein Diallo d’évacuer son domicile avant le 28 février, sis à Dixinn Port près de Conakry, et qui se trouve sur un terrain ayant appartenu à l’Etat avant son rachat (mais qui n’a jamais fait partie du domaine public selon l’intéressé).

Une maison dont le rachat s’est fait dans le respect des réglementations, assure son propriétaire, qui semble de nouveau avoir été désigné opposant principal par le régime en place, et par la même cible privilégiée. Convoqué par la junte le 21 février au camp Samory Touré, il y apprend la réquisition de sa demeure, une décision unilatérale et qui ne semble soutenue par aucun acte administratif ou juridique. Le président de l’UFDG a répondu en joignant treize documents démontrant la régularité de l’opération de rachat du domaine, incluant le titre foncier, le récépissé du Trésor Public… et surtout le décret du président d’alors, Lansana Conté, qui autorise la cession de la parcelle au profit de Cellou Dalein Diallo.

Des documents qui ont déjà servi à celui-ci pour faire valoir ses droits. Dans la lignée de ses prédécesseurs, Mamady Doumbouya n’est en effet pas le premier à avoir tenté d’exproprier le chef de l’UFDG, dont le domaine a fait les frais de son opposition aux actions inconstitutionnelles de Dadis Camara, puis d’Alpha Condé, qui ont tour à tour échoué à prouver le mal fondé de l’acquisition de son domicile. Selon certaines sources, le premier aurait même appelé Cellou Dalein Diallo pour s’excuser de cette démarche. Une élégance qui ne semble pas faire partie des attributs des nouveaux dignitaires de Conakry, qui ne se sont pas embarrassés de justifications légales, et réclament purement et simplement l’expropriation de l’occupant.

Accusé de corruption, Cellou Dalein Diallo appelle à renforcer l’appareil judiciaire

Un nouveau pas de côté du régime qui confirme les pires craintes de la société civile et des opposants, qui avaient acclamé le discours de Mamady Doumbouya lorsque celui-ci avait annoncé le 6 septembre sa volonté de faire de la justice et du respect du droit « la boussole qui orientera chaque citoyen ». Il semble loin le temps où ce dernier affirmait vouloir réformer l’appareil judiciaire pour en faire un pilier de la démocratie guinéenne.

Car l’acharnement à l’encontre de Cellou Dalein Diallo ne s’arrête pas à son domicile. En effet, le chef de l’UFDG est également accusé de corruption par la junte. L’objet de cette accusation ? La liquidation d’Air Guinée par le ministère de la Justice en 2002, alors que Cellou Dalein Diallo était ministre du Transport. Accusé de s’être enrichi lors de la vente du dernier avion de la flotte nationale, l’ancien ministre a été cité comme complice par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), nouvellement créée par la junte. Une accusation s’appuyant sur un audit commandité en 2009 par l’ancien autocrate Moussa Dadis Camara. Alors que ses soutiens dénoncent le vide du dossier, Cellou Dalein Diallo s’affiche serein :  « J’ai signé bien sûr mais j’ai vérifié que les prix étaient bons pour la Guinée. Mais l’opération de liquidation d’Air Guinée s’est passée au ministère des Finances et c’est lui qui a fixé les prix. » a-t-il expliqué aux journalistes. L’ANAD, alliance politique dirigée par Cellou Dalein Diallo, appelle d’ailleurs au renforcement des capacités de la CRIEF, chargée de la gestion du dossier, afin d’accélérer la procédure tout en la respectant, et de pouvoir juger un maximum de personnalités ayant été suspectées d’avoir participé à la corruption endémique qui touche la Guinée depuis de nombreuses années.

Un excès de trop pour le gouvernement de transition ?

Derrière les accusations du gouvernement de transition à l’encontre de Cellou Dalein Diallo, les manipulations politiques de Mamady Doumbouya et son manque d’entrain pour mettre en place les réformes nécessaires à un régime démocratique en Guinée sont de plus en plus visibles, pointe l’opposant, qui dénonce des feux de fumée à ses dépens pour masquer le bilan du CNRD après six mois au pouvoir. Quid de la liste des membres du CNRD, demandait ainsi dans un communiqué le 23 février le Front National de Défense de la Constitution, à la tête du combat contre le troisième mandat d’Alpha Condé ? Le mouvement issu de la société civile souligne en effet le manque de transparence des autorités à ce sujet ; les équipes entourant le président de la transition restant pour l’heure inconnues, malgré leur rôle central dans l’organisation du pouvoir guinéen.

Dernière preuve en date de l’animosité du gouvernement de transition à l’encontre du chef de l’UFDG, les militaires auraient, selon des sources concordantes, menacé de lui confisquer son passeport, à l’image de la mesure prise à son encontre par Alpha Condé, qui voyait lui aussi dans l’ex-Premier ministre la principale menace à son hégémonie.

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