Togo/Après les législatives : La nomination du PM devrait bousculer beaucoup de calculs politiques

Présenté comme un "gouvernement de transition", l’équipe d’Arthème Ahoomey-Zunu a tout de même tenu la route pendant plus d’une année. Compte tenu des changements intervenus à l’Assemblée nationale depuis ce 25 juillet 2013, une partie de l’exécutif devra être remaniée par son patron constitutionnel : le président F. Gnassingbé.

En l’absence de toute reconduction de l’Accord de gouvernement « parti au pouvoir/Ufc (formation de G. Olympio) » intervenu le 26 mai 2010, plus rien "n’oblige" F. Gnassingbé à mettre sur pied un nouvelle équipe gouvernementale regroupant plusieurs courants politiques. D’ailleurs, des voix s’élèvent de plus en plus, aussi bien dans son propre camp que dans la société civile pour appeler UNIR (au pouvoir) à bâtir, pour une première fois, un gouvernement composé « 100% de ses militants-ministres ». Les partisans de cette configuration de l’exécutif togolais expliquent ce choix par la nécessité de reddition de compte qui doit désormais régir la vie publique togolaise !!

Les critiques de cette option préconisent pour leur part qu’UNIR « ait de nouveau la victoire modeste ». En tendant la main à tous ceux qui veulent mettre la main à la pâte du travail gouvernemental. Difficile de pronostiquer le choix final qu’opérera le président Gnassingbé entre ces deux pistes. Les défis et chantiers socio-politiques en attente sont nombreux à l’heure actuelle au Togo. Toute tergiversation dans la recherche de solutions à ces hétéroclites maux devrait courroucer un peu plus les populations togolaises qui ont crié ces derniers mois leur grande envie de vivre des quotidiens plus reluisants. Une donne dont sont conscientes les composantes de l’exécutif togolais, au regard de leurs discours durant la campagne d’avant-législatives 2013.

Qui choisir comme "oiseau rare" à la Primature ?

Arthème Ahoomey-Zunu (actuel PM), au regard de sa proximité du chef de l’Etat, a beaucoup de chances de prolonger son séjour à la Primature. Ancien Secrétaire général de la Présidence togolaise, il a contribué indirectement ou directement à mettre en œuvre depuis 2010 le second programme de société du jeune président Gnassingbé. Cependant, la configuration de l’exécutif sous l’ère Gnassingbé, depuis 2005, démontre que l’actuel président du Togo s’est toujours donné un nouveau PM après une élection. En 2006, Yawovi Agboyibo avait succédé à Edem Kodjo. M. Agboyibo sera à son tour remplacé par Komlan Mally, lui-même cédera bientôt sa place à Gilbert Houngbo qui aura pour successeur M. Ahoomey-Zunu.   

Toutefois, c’est la nomination d’un Premier ministre dans les rangs du CST (Collectif sauvons le Togo) ou du Collectif AEC (« Arc-en-ciel ») – représentatifs de l’Opposition- qui devrait donner du grain à moudre dans les prochains mois aux « bookmakers » politiques du Togo. Car le « oui » que donnerait tout politique influent de ces deux Collectifs au président pour un poste à la Primature devrait contribuer à reformater la carte politique locale.

Un « oui » au président à double tranchant

Pour avoir éduqué leurs militants et sympathisants à l’intransigeance politique, il sera difficile aux partis ou associations membres du CST d’accepter un poste à la Primature ; ce « oui » les grillerait aux yeux de leurs propres électeurs lors des prochaines élections ! D’autant plus que le poste de Premier ministre a été dépouillé de toutes prérogatives significatives depuis la modification constitutionnelle de décembre 2002. Par contre, les partis membres d’AEC n’ont rien à perdre, d’un point de vue électoral, en acceptant un "bail" à la Primature. Même en arrondissant les angles de leurs positions politiques avant les législatives du 25 juillet au nom de divers compromis ou concessions, les résultats de ce scrutin ont montré que leurs choix politiques ne sont toujours pas payants dans les urnes ; ou bien analysés et compris par les populations.

Pour Faure Gnassingbé, choisir un nouveau Premier ministre dans l’Opposition aurait pour lui l’avantage de semer indirectement la zizanie dans les rangs de ses adversaires, dans l’optique des prochaines élections au Togo. Surtout si cette nomination est opérée dans les rangs du CST. Les alliés de ce Collectif voueraient aux gémonies, de toute évidence, le parti ou la personne physique de leurs rangs qui accepterait la main tendue de Faure Gnassingbé. Alors que si le prochain locataire de la Primature provient d’AEC, il ne devrait pas lui être réservé la même mise au ban programmée. Qui sera alors, dans un tel contexte, le courageux de l’Opposition ?

Les calculs politiciens et politiques qu’impliquerait la main tendue présidentielle amèneraient alors le président d’UNIR (F. Gnassingbé) à se tourner soit vers la société civile ; soit encore à aller piocher son "oiseau rare" dans l’un des nouveaux partis politiques ayant émergé ces dernières années, ou ayant réalisé un bon score lors des dernières législatives. Des formations comme le NET ou la liste CLE auront dès cet instant la faveur des pronostics. Mais là encore, ces politiques opéreront ce choix important à leurs risques et périls, par rapport aux prochaines élections ! La porte du recours à un technocrate comme Gilbert Houngbo n’est pas non plus fermée dans ces conjectures sur le nom du prochain chef du gouvernement. L’urgence, dans tous les cas pour les populations, c’est la résolution de leur pléthore de maux quotidiens qu’ils ont exposés ces derniers mois, en criant dans différents secteurs d’activités leur ras-le-bol…

   

Afriquinfos

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