Plaidoyer pour l’érection à Marseille d’une statue dédiée aux ‘Tirailleurs’ africains

Paris (© 2023 Afriquinfos)- Le consul du Sénégal en France a plaidé pour qu’une statue, miroir des soldats « Dupont et Demba« , soit  à Marseille, deuxième ville de la France. Présent à la projection du film « Tirailleurs » à Marseille, le diplomate estime que « la participation des Africains doit être reconnue« .

« Nous voulons que cette participation africaine soit reconnue. Nous ne sommes pas dans la victimisation, ce qui est important c’est la reconnaissance« , a expliqué le consul du Sénégal à Marseille, Abdourahmane Koita, après la projection du film au cinéma Les Variétés mercredi soir. « Beaucoup de ces soldats africains sont morts pour que nous soyons en vie aujourd’hui« , a-t-il insisté, en appelant de ses vœux une statue à Marseille, « longtemps porte d’entrée des Africains en France« .

Depuis deux ans, le représentant du Sénégal, soutenu par diverses associations, plaide pour que Marseille accueille, dans « un endroit accessible et symbolique« , un monument similaire à celui de Dakar représentant deux combattants de la Première Guerre mondiale, un Africain (« Demba ») et un Français de métropole (« Dupont »).

Cette statue, réalisée dans les années 1920, fut placée en 2004 devant la gare de Dakar, sur la place des Tirailleurs, quand l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade institua une journée en mémoire de ces soldats africains. « Nous voulons la même à Marseille, en symétrie, pour symboliser cette fraternité« , a poursuivi le consul, insistant sur le message que serait un tel monument pour les Français et les familles françaises issues de l’immigration qui partagent « un avenir commun« .

Un comité scientifique a été constitué et des rencontres ont eu lieu avec la préfecture, le gouverneur militaire et la mairie, selon le consul. « A défaut de statue, nous voudrions au moins une stèle » dans le parc Borély, où existe un mémorial en hommage aux Américains morts pour la France, a-t-il ajouté.

Sorti en France mercredi, « Tirailleurs« , avec l’acteur Omar Sy, raconte l’histoire de Thierno, recruté de force dans un village sénégalais par l’armée française en 1917, et de son père, qui tente de veiller sur lui dans l’horreur de la Première Guerre mondiale. Ils furent plus de 200.000 soldats originaires d’Afrique subsaharienne (Sénégal, Guinée, Burkina Faso, Mali…), à l’époque colonisée par la France, à se battre au cours de la Grande guerre et 150.000 durant le deuxième conflit mondial, une histoire longtemps oubliée.

Samia Chabani, déléguée générale d’Ancrages, centre de ressources sur l’histoire et les mémoires des migrations, a rappelé l’importance de rendre visible cette histoire dans l’espace public, comme avec la récente école rebaptisée du nom d’un tirailleur algérien, Ahmed Litim, à Marseille. « Dans le film, un de ces soldats dit +Ne m’oubliez pas+« , a insisté Abobikrine Diop, vice-président de l’Association des familles africaines de Provence, « on leur doit bien ça« .

Un autre pari gagné en attendant

En attendant de voir la statue, les tirailleurs sénégalais (mais pas seulement) ont finalement obtenu gain de cause pour une autre bataille. Ces soldats, recrutés par l’armée française dans les colonies, vont pouvoir retourner vivre définitivement dans leur pays d’origine, tout en continuant à percevoir leur minimum vieillesse.

Jusqu’ici, ces vétérans africains étaient obligés de passer la moitié de l’année en France pour toucher leur allocation. Cela faisait des années qu’ils réclamaient un changement de procédure.

Pour l’instant, une « vingtaine de dossiers » a été validée, a confirmé le ministère des. Parmi ces vétérans africains, qui sont tous âgés de 90 ans ou plus et dont le nombre est aujourd’hui estimé à une quarantaine en France par l’Office des anciens combattants, la plupart sont nés au Sénégal, mais certains ont également la nationalité mauritanienne ou malienne. Ils ont principalement combattu en Indochine et en Algérie.

Nés dans les anciennes colonies françaises en Afrique et enrôlés pour combattre au côté des troupes françaises dans les différents conflits où Paris était engagée, ces tirailleurs étaient jusqu’alors obligés de vivre au moins six mois de l’année dans l’Hexagone pour percevoir leur pension. Depuis des années, ils luttaient pour pouvoir finir leur vie dans leur pays d’origine, aux côtés de leur famille.

Le minimum vieillesse de 950 euros est la seule allocation concernée par cette « mesure de tolérance » pour le moment. L’Association pour la mémoire des tirailleurs sénégalais réclame toutefois que les tirailleurs puissent également percevoir la CAF ou leur pension d’invalidité depuis leur pays d’origine.

V.A.

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