Niger: Bras de fer CNDH-Ministère de la Défense sur le massacre de civils à Inatès   

Niamey (© 2020 Afriquinfos)- Le Rapport des missions d’investigations de la  Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), portant sur la disparition de cent-deux(102) personnes dans la commune rurale d’Inates imputée aux Forces Armées Nigériennes (FAN) n’a pas manqué de faire réagir au sommet de l’Etat. Le ministre Nigérien de la Défense, Issoufou Katambe a fait bloc devant ses hommes. Le membre de l’exécutif conteste le rapport de CNDH et décline toute responsabilité de l’armée.

 Les faits sont rapportés par la Commission Nationale des Droits de l’Homme. Les massacres, auraient eu lieu en mars et avril derniers à d’Inates, situé au Nord-Ouest du Niger. Selon la Commission, un bilan tragique d’un minimum de soixante-onze (71) morts est à déplorer, au total 102 personnes disparues.

Le vendredi 4 septembre dernier, la CNDH a rendu public son rapport des missions de vérification et d’établissement des faits concernant cette tragédie. Le document accuse des éléments de l’armée nigérienne d’être responsables de ces tueries de victimes civiles dont certains corps ont été retrouvés dans plusieurs fosses communes de la région.

Dans un communiqué, le ministre nigérien de la Défense, Issoufou Katambe, nie toute implication des FAN et affirme que c’est à la justice d’établir la vérité sur ce qui s’est passé.

«L’armée ne se reconnait pas à travers ces massacres et nous continuons à apporter notre soutien aux forces de défense et de sécurité dans le combat qu’elles mènent de jour et de nuit contre les terroristes ou contre la criminalité transfrontalière. […] J’ai reçu le rapport de la CNDH. J’ai accusé réception et l’ai envoyé au niveau de la juridiction compétente. […] La CNDH a dit ce qu’elle a à dire. Nous avons dit ce que nous avons à dire. Attendons que la juridiction tranche», argumente-t-il. Selon un spécialiste des groupes terroristes dans le secteur du Sahel,  Seidik Abba, la raison de ce soutien affiché du Ministre de la Défense s’explique par le fait que les autorités souhaitent éviter un risque sécuritaire. «Les autorités politiques ont encore besoin de cette armée sur le front, sur la zone des trois frontières. Le pouvoir a besoin d’un investissement total de l’armée», déclare ce spécialiste.

Mais l’expert des groupes terroristes, évoque que le risque est aussi politique «parce qu’on ne sait pas comment les militaires peuvent être amenés à réagir s’ils sont désavoués par l’autorité politique. La réaction pourrait être celle d’une mutinerie ou la tentation d’une irruption sur la scène politique comme c’est arrivé au Mali. Donc l’ensemble de ces facteurs fait qu’on se retrouve dans une situation où le pouvoir politique peine à reconnaître cette responsabilité».

De telles accusations d’inobservation de droits de l’Homme ont été rapportées dans la sous-région également, rappelle Seidik Abba. «Ce n’est pas seulement le cas au Niger mais aussi au Burkina Faso, au Mali, où des allégations de violations de droits de l’Homme ont été dénoncées par des organisations qui ont documenté ces différentes accusations de bavures commises par les armées régulières de ces pays», conclut-il.

S.B.

 

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