Mali/Présidentielle : Soumaïla Cissé fier d’une "campagne très agréable " et sûr de gagner

 

Dans un entretien à Xinhua au terme de ce processus vendredi soir dans la capitale Bamako, le leader de l’Union pour la République et la démocratie (URD) qui n’a cessé de dénoncer les manœuvres de fraude au profit de son rival Ibrahim Boubacar Keïta, arrivé en tête du premier tour le 28 juillet, s’est toutefois félicité d’une « campagne très agréable ».

Question : Quel bilan dressez-vous de cette campagne du second tour de l’élection présidentielle qui vient de s’achever ?

Réponse : D’abord, j’ai eu une campagne très agréable. Je me suis quelque part régalé, parce que j’ai rencontré les Maliennes et les Maliens dans les campagnes et dans les villes. J’ai redécouvert mon pays, j’étais à l’écoute des populations qui m’ont très bien accueilli. De ce côté-là, franchement je n’ai pas à me plaindre, ça s’est très bien passé. Ensuite, on revient aux élections tout simplement, on a un résultat qui reste honorable parce que je suis qualifié pour le second tour. Mais, un sentiment de quelque chose qui n’est pas bien accompli, parce que malheureusement au cours de ce premier tour il y a quand même eu quelques petits dysfonctionnements qui ont terni un petit peu les résultats : beaucoup d’interventions autres que les candidats eux-mêmes dans le déroulement des opérations. Je crois que c’est regrettable, mais je me félicite de la très grande participation des populations et je souhaite que nous essayions d’aller vers un second tour beaucoup plus crédible.

Q : Pouvez-vous être plus précis au sujet des dysfonctionnements que vous évoquez ? Est-ce qu’il s’agit des fraudes que vous avez dénoncées une nouvelle fois lors de votre dernier meeting de campagne ici à Bamako ?

R : Mais j’en parle depuis que ça a commencé. Il y a des bulletins qui viennent de l’extérieur et qui ont été comptabilisés dans les bureaux de vote. Il y a des résultats qui sont complètement aberrants : un candidat qui gagne à Bamako sur les 2.000 bureaux de vote avec à peu près le même écart. Ce n’est scientifiquement pas possible. Vous avez 400.000 bulletins annulés, vous avez des bureaux fictifs. Je l’ai découvert l’autre jour à Mopti et j’ai fait des rapports d’huissier, je peux vous montrer. Un bureau de vote qui se baladait sur une mobylette et le 1er août, avec des bulletins qui étaient majoritairement les miens ! J’ai ramassé des bulletins votés à mon nom dans la rue, comme s’ils ont été enlevés des urnes pour les mettre dehors.

Q : Là, vous pointez qui, votre adversaire du second tour ?

R : Je ne pointe personne. Je vois à qui profite le crime, tout simplement. Et je crois que c’est de la responsabilité du gouvernement d’assurer une bonne police des élections. Je ne me suis pas contenté de dénoncer, de jouer un peu comme une victime. J’ai fait une lettre qui a été publiée dans la presse, adressée au ministre de l’Administration territoriale, adressée à l’ensemble de la communauté internationale en disant : voilà les dysfonctionnements, voilà nos propositions. Comme proposition, on a dit tout simplement un bulletin dans un bureau doit être sécurisé. Comment le sécuriser ? J’ai proposé que deux personnes signent. Ça peut être mon délégué et le délégué de l’adversaire. J’ai proposé éventuellement qu’on mettre des stickers, comme ça a été fait dans d’autres pays. Je n’ai pas eu de réponse.

 Q : Pour le deuxième tour, est-ce que vous êtes optimiste qu’il y aura moins d’irrégularités ?

 R : Je suis optimiste pour plusieurs raisons. D’abord, la moitié des Maliens n’ont pas voté. Deuxièmement, les gens sont mieux informés. Ceci est très important. Troisièmement, nous avons attiré l’attention, surtout ils sont jeunes. Quatrièmement, nous voyons quand même l’engouement pour notre candidature. Nous voyons la qualité de ceux qui nous soutiennent. Si je n’y croyais pas, je n’y serais pas allé. Croyez-moi, moi j’y crois, j’y crois profondément.

Q : Pourquoi la moitié des Maliens n’a pas voté, dites-vous ?

R : Le pourquoi, c’est un constat. S’il y a 50% de taux de participation, c’est qu’il y a 50% de taux d’abstention.

Q : Et c’est dû à quoi ?

R : Oh, je crois qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas eu leurs cartes, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas retrouvé leur bureau. Vous allez à l’étranger, il y a beaucoup de gens qui n’ont pas pu voter. Au Sénégal, à Dakar en particulier, au dernier moment, on a déplacé les bureaux de vote. Les gens viennent pour voter à l’ambassade, ils trouvent que le bureau est ailleurs. Qu’est-ce qu’ils font ? Ils rentrent chez eux. Je connais des amis à moi, des militants à moi qui au Togo, à la frontière du Burkina, à Sinkansé pour être plus précis, ils étaient à 600 km de leur bureau de vote. Ils vont aller à pied pour aller voter ? C’est des choses qui sont réelles. A Bamako, combien de gens ont erré pour chercher leur bureau de vote ? Nous-mêmes nous avons mis en place un centre d’appels qui fonctionne ici pour que chacun puisse savoir où voter. C’est des milliers d’appels que nous avons par jour.

Q : Si vous venez à perdre cette élection, êtes-vous prêt à féliciter votre adversaire ?

R : Vous savez, je ne suis pas un novice. J’étais candidat en 2002, je suis arrivé deuxième, j’ai félicité mon adversaire, je l’ai aidé pendant dix ans. Je suis un démocrate, un républicain. Je ne suis pas un pyromane, mais je tiens pour autant à créer les conditions d’une bonne élection soient établies. Avant même que les résultats provisoires du ministère sortent, dès que le ministre a dit qu’il y a une élection au premier tour, des gens sont venus me démarcher : ah, il faut accepter, c’est le fait de Dieu ; ah, il ne faut pas en faire un problème. J’ai dit : mais, les résultats ne sont pas encore sortis. Ah, accepte, il va te donner un poste. Vous voyez un peu la manipulation ! Si je n’avais pas tenu, si je n’avais pas dit que moi j’avais mes chiffres et que mes chiffres faisaient que j’allais au deuxième tour, vous croyez que je serais là aujourd’hui ? Pas du tout. Croyez-moi, j’y crois et j’ai encore plus de raisons d’y croire. Parce que l’adversaire je l’ai déjà battu. Parce que l’adversaire j’ai travaillé avec lui. Cet adversaire, je le connais. Je connais les vraies capacités, je connais la vraie implantation. Vous savez, quand moi j’ai 33 députés, il en a 11. Il n’y a pas de génération spontanée de forces politiques. Ça se prépare pendant longtemps. Je suis de loin mieux implanté que lui sur l’ensemble du pays.

Q : Est-ce que vous comptez particulièrement sur le vote des jeunes et des femmes ?

 R : Je compte sur les jeunes, je compte sur les femmes. C’est la couche la plus populeuse de notre pays. On est obligé d’y aller. Mais les jeunes aiment la vérité. Je leur parle un langage de vérité, parce que je les connais, parce que quelque part j’ai vécu ce qu’ils ont vécu. Parce que je suis comme eux, sur Internet, sur Twitter, sur Facebook. Parce que je parle leur langage et pour ne rien vous cacher, je suis ingénieur informaticien. Donc, aujourd’hui je parle quelque part le langage de la rue. Le langage de la rue, c’est la cybernétique, tout simplement aujourd’hui.  

 

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