Le Mali, un nouvel Afghanistan pour la France?

Un chef de l'un des groupes islamistes radicaux au Mali a déclaré que la France venait "d'ouvrir les portes de l'enfer", et tomberait dans un piège "beaucoup plus dangereux que l'Irak, l'Afghanistan ou la Somalie".

Un groupe radical a exécuté sa menace mercredi matin en attaquant une installation gazière dans la localité d'In Amenas, dans la province d'Illizi, à 1.760 km au sud-est d'Alger. Le bilan fait état de deux morts (un Norvégien et un Britannique), six blessés (4 Algériens et 2 étrangers), et "un peu plus d'une vingtaine" d'otages étrangers (selon Alger) ou "41" (selon le groupe Al Mouwaqiin Bi Dam, littéralement "les signataires de sang") qui revendique l'acte. Plusieurs Algériens ont fini par être libérés.

En France, des hommes politiques ont également manifesté leur inquiétudes. L'ancien Premier ministre Alain Juppé a remis en question une intervention terrestre de l'armée française. "J'ai peur que nous ne soyons engagés dans une spirale que nous aurons du mal à maîtriser", comme l'OTAN en Afghanistan, a-t-il avancé.

Pour rappel, les Etats-Unis et d'autre pays membres de l'OTAN ont prévu un retrait de leurs troupes en Aghanistan d'ici la fin 2014, laissant aux mains du gouvernement local un pays encore pauvre et dévasté par les conflits armés. Malgré la lutte de dix ans contre le terrorisme, les talibans sont loins d'être déracinés. C'est pour cela que la presse américaine soupire, affirmant que l'Afghanistan est le cimetière des empires.

Quant au Nord du Mali, il s'agit d'une région qui, depuis 2003, a été progressivement noyautée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (aqmi). Depuis qu'ils ont été chassés du sud de l'Algérie, les islamistes, des Algériens pour la plupart, ont trouvé leur refuge au Mali voisin. Petit à petit ils ont accru leur influence dans le nord du pays.

Les circonstances actuelles au Mali comportent de nombreux parallèles avec celles de l'Afghanistan.

Premièrement, les troupes françaises au Mali, bien qu'elles jouissent d'un soutien aérien, feront face à la question de logistique si la guerre continue, tandis que les groupes islamistes ont leur base dans le Nord du Mali après des années de présence. Deuxièmement, la région du Nord du Mali est principalement désertique et peu peuplée : si les troupes françaises peuvent s'emparer de villes dans la région, il leur est difficile de maintenir l'administration dans des lieux si reculés. Si les islamistes mènent la guerre dans le désert, les Français auront du mal à les anéantir. Troisièmement, les forces maliennes sont sous-équipées et faibles, et ne peuvent ainsi fournir le soutien aux troupes françaises, d'autant plus que les groupes armés sont nombreux dans le Nord du Mali. Ces groupes sont liés à des forces extrémistes d'Afrique du Nord et de l'Ouest. En un mot, la France fait face à un vaste réseau terroriste formé par Al-Qaïda dans la région du Sahel.

En effet, le gouvernement français se rend compte que la région est une véritable poudrière. l'ex-ministre français de la Défense Hervé Morin a lancé à la tribune de l'Assemblée: "Oui la France devait intervenir mais non nous n'avons pas vocation à être en première ligne au-delà de quelques semaines, au pire quelques mois".

Malgré le plan envisagé de la France, les rebelles du Nord du Mali, bien entraînés et dotés d'armes modernes, sont difficile à vaincre à court terme. Même si l'armée française réussi à abattre les groupes, ces derniers risquent de revenir à l'attaque si l'intervention française ne dépasse pas quelques semaines. La situation financière en France ne permet pas une intervention à long terme, qui alimenterait les craintes d'attaques terroristes.

Il est probablement encore trop tôt pour qualifier le Mali "d'Afghanistan français", mais il est indéniable que les groupes extrémistes pourraient plonger la France dans une longue guerre dans le désert.

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