Guinée/La communauté internationale décidée à mettre la pression sur Condé, la CEDEAO pas prête (Opposition)

Nouvelle Constitution guinéenne

Conakry (© 2020 Afriquinfos)-La Guinée ne bénéficiera plus l’assistance de l’OIF dans le cadre de l’organisation de ses élections qui doivent avoir lieu le 1er mars prochain. Ce lundi, l’Organisation Internationale de la Francophonie a dit non à la régularité d’un référendum et d’élections organisés dimanche par le pouvoir, en jugeant « problématiques » plus de deux millions de noms d’électeurs figurant sur les listes.

Dans un communiqué, l’OIF juge « problématiques » plus de deux millions de noms d’électeurs figurant sur les listes électorales. 

En 2018, l’OIF avait mené avec l’ONU et l’Union européenne un audit du fichier électoral datant de 2015. L’audit dénombrait 2,49 millions d’électeurs dont la présence sur les listes était « problématique », rappelle l’OIF, responsable de la mise en œuvre des recommandations de cet audit.

Or ces électeurs figurent toujours dans la base de données actuelle, observe l’OIF. Parmi eux, des électeurs décédés ou des doublons, dit-elle. Sur ces 2,49 millions de personnes, 98% « ne disposent pas de documents permettant leur identification », dit-elle.

Cette prise de position vient porter un coup dur à la crédibilité des scrutins déjà fortement contestés par l’opposition. 

Thomas Dietrich est écrivain et journaliste, actuellement en Guinée. Il confirme les irrégularités du fichier électoral et appelle la communauté internationale à prendre des sanctions contre les dirigeants guinéens pour faire reculer le président Alpha Condé.

L’opposition en appelle à la CEDEAO et à l’Union Africaine

De son côté, l’opposition dénonce le mutisme de la Cédéao et appelle au boycott du double scrutin de dimanche en raison du manque de fiabilité du fichier électoral.

Par ailleurs, les adversaires de M. Alpha Condé  souhaitent que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) et l’Union africaine (UA) imitent l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Mais force est de constater que ces institutions, notamment la Cédéao et l’Union africaine sont restées muettes sur la tenue  le scrutin de dimanche qui s’annonce très tendu.

Le dernier communiqué de la Cédéao sur la situation en Guinée remonte à novembre 2019. L’institution appelait alors à une préparation sereine des prochaines échéances électorales.

Il y a deux semaines, lors de son 33e sommet à Addis-Abeba, en Ethiopie, l’UA aurait, pour sa part, demandé au président Alpha Condé d’éviter toute démarche pour demeurer au pouvoir.

Mais pour le député Ousmane Gaoual Diallo, du parti d’opposition UFDG, l’UA et la Cédéao sont trop prudentes sur la crise politique qui secoue la Guinée :

« Nous espérons qu’ils iront plus loin. Les sorties du chef de l’Etat ces derniers jours donnent aussi plus de relief à ces organisations qui, nous ne désespérons pas, suivront peut-être l’Organisation internationale de la Francophonie. »

Karamo Mady Camara, juriste et analyste politique guinéen, critique « une sorte de complicité institutionnelle » de la Cédéao et de l’Union africaine.

« L’essentiel des dirigeants de ces institutions sont portés vers ce type de tripatouillage constitutionnel. », soutient-il. 

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Alpha Bah Fischer, député du parti au pouvoir, minimise, pour sa part, les erreurs dans ce fichier :

« Peut-être qu’il y a des insuffisances, mais pas des insuffisances qui peuvent dénaturer les élections en vue. Le parlement de la Cédéao a été clair : la Guinée est un Etat souverain qui est libre, comme toute autre nation, de proposer une nouvelle constitution à son peuple et qui doit aller à ces élections. L’Union africaine s’aligne toujours derrière la position de la Cédéao. Et la Cédéao n’a aucun motif pour condamner la Guinée. »

Le climat sociopolitique en Guinée ne cesse de se dégrader. On redoute également de nouvelles violences.

Innocente Nice

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