Gouvernance/Avec la défaite de Jammeh, Faure Gnassingbé désormais doyen des Présidents en Afrique de l’ouest

BANJUL (© 2016 Afriquinfos) – Les Gambiens se sont donnés un nouveau Président ce 1er décembre, à la surprise générale. Yaya Jammeh, après 22 ans au pouvoir, a enfin accepté de passer la main à un rival politique, sans aucune effusion de sang. Une donne qui bouleverse la carte politique et diplomatique en Afrique occidentale.

 

 

Yaya Jammeh et Faure Gnassingbé partageaient jusqu’au scrutin de ce 1er décembre 2016 la longévité au pouvoir en Afrique de l’ouest. Jammeh totalisait 22 ans d’une gouvernance musclée et faite de déclarations diplomatiques atypiques. De son côté, après avoir hérité du pouvoir dans des conditions dramatiques en 2005, Faure Gnassingbé est en train de boucler (d’ici 2020) 15 ans à la tête de la République togolaise. Mathématiquement, le Chef de l’exécutif togolais est dans sa 11ème année consécutive d’exercice du pouvoir.

Fin 2014, début 2015, “le couple” Faure Gnassingbé et Yaya Jammeh s’est négativement illustré durant une réunion ordinaire des Chefs d’Etat de la CEDEAO (regroupement de 15 pays d’Afrique de l’ouest), en refusant un texte qui limiterait les mandats présidentiels et harmoniserait la tenue des présidentielles à deux tours dans cette communauté!

De fait, le Togo et la Gambie sont les seuls Etats de cette sous-région dans lesquels les mandats ne sont pas limités et où la présidentielle ne tient qu’à un seul tour…. Au regard du tollé médiatique suscité par cette rebuffade diplomatique de Banjul et de Lomé vis-à-vis de ce texte régional sus-mentionné, les diplomaties de ces deux pays ont répondu, derrière, par un démenti formel et sec rejetant toute velleité de blocage d’un texte régional. Le débat était resté en l’état jusqu’à la fin du mandat de Kadré D. Ouedraogo à la tête de la Commission de la CEDEAO.

 

Une page se tourne pour Jammeh, Faure Gnassingbé droit dans ses bottes

 

Avec l’acceptation ou la reconnaissance de sa défaite électorale ce 2 décembre 2016, Yaya Jammeh, inéluctablement, ouvre une nouvelle ère démocratique à la Gambie. Pour avoir concédé cette dévolution du pouvoir dans les urnes et sans effusion de sang, une partie de ses compatriotes ne devrait pas lui jeter la pierre. L’historicité du geste en vaut le coup, car ne cède pas qui veut son pouvoir en Afrique sub-saharienne, après 22 ans de gouvernance sous forme de règne!

A l’opposé de la Gambie, le Togo (presque 6 fois plus grand que la Gambie) ne donne pas de réels signes d’une vraie ouverture pluraliste, en dépit du vernis démocratique dont se revêtent les élections organisées dans ce potentiel riche Etat minier en Afrique de l’ouest, depuis octobre 2007.

Les conditions d’organisation de ces scrutins, quand elles ne sont pas décriées par l’opposition au pouvoir des Gnassingbé (officieusement en place depuis 1963, officiellement en scelle depuis 1967), sont habituellement remises en cause postérieurement par les observateurs qui scrutent ces joutes électorales. Conséquence, le Togo vit permanemment une situation de ni paix ni guerre politique, avec à la clé, un système éducatif à reformater, et surtout une couverture sanitaire désuète. Le Togo est par ailleurs l’un des rares pays d’Afrique dans lequel aucune élection locale n’a plus été organisée depuis 1987. Certes, la croissance moyenne annuelle du Togo tourne autour de 5% ces cinq dernières années, mais la majorité de la population demeure royalement pauvre, face à une nouvelle classe de riches qui a vu le jour ou s’est confortée depuis 2005… Une réalité dénoncée par Faure Gnassingbé lui-même en 2012, à la faveur d’un discours à la Nation. Une dénonciation qui n’a été suivie de l’ouverture de la moindre procédure judiciaire contre les prévaricateurs, depuis près de cinq ans.

Dans un tel contexte, le séisme politique en cours en Gambie ne devrait pas laisser indifférents les Togolais, des opposants aux populations. Dans une Afrique sub-saharienne dans laquelle souffle depuis 2011 un vent de changements multisectoriels, le régime de Faure Gnassingbé a de nouveau une équation à résoudre. Une de plus, pour une meilleure répartition de la richesse nationale.

 

Par Samir Georges

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