Tchad: le calendrier des prochaines présidentielle et législatives divise toujours opposants et pouvoir

Élections législatives au Tchad

Ndjamena (© 2020 Afriquinfos)- Plusieurs fois reportées, les dates des élections législatives et de la présidentielle sont enfin fixées au Tchad. L’élection présidentielle est prévue le 11 avril 2021 et les législatives, le 24 octobre 2021 soit plus de six ans après la fin du mandat des députés. Un calendrier qui consacre une inversion du cycle électoral ; normalement, les législatives doivent avoir lieu avant la présidentielle.

Les dates des deux scrutins phares au Tchad ont été révélées par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et le Cadre national de dialogue politique (CNDP).

« J’ai rencontré, de nouveau, les membres de la CENI et du CNDP. Je me réjouis de l’entente entre les deux parties qui a débouché sur l’adoption d’un calendrier électoral définitif respectant les délais légaux. Plus de temps à perdre », a tweeté le président tchadien Idriss Deby Itno. La programmation de ces nouvelles dates électorales est aussi couplée au choix d’un nouvel opérateur pour le recensement électoral biométrique.

Législatives repoussées à plusieurs reprises depuis 5 ans

Depuis 2011, la composition de l’Assemblée nationale, largement dominée par la majorité présidentielle (MPS), est restée la même.

M. Déby a décrété fin août 2019 l’état d’urgence dans les deux provinces de l’est du pays, le Ouaddaï et le Sila, théâtres d’affrontements meurtriers entre cultivateurs et éleveurs, et dans celle du Tibesti, dans le nord, repaire de groupes rebelles et d’orpailleurs illégaux.

« On a attendu quatre ans sans élections, on peut bien attendre au minimum huit mois pour organiser les élections dans de meilleures conditions », critique un opposant après l’annonce de la Céni.

En décembre 2019, la commission CENI-CNDP avait proposé, dans un avant-projet, la date du 9 août 2020. Date qui avait été catégoriquement rejetée par l’opposition comme par la majorité qui ont évoqué des difficultés liées à la saison des pluies et des délais trop brefs.

Au mois de février de cette année, quand la Commission nationale électorale a annoncé que les législatives (prévues depuis 2015 mais sans cesse reportées) auront enfin lieu à la fin 2020, l’ensemble de la classe politique s’est mise en branle pour préparer la compétition.

Mais l’opposition a appelé en mai dernier au report des élections législatives. Dans une déclaration publique, le député d’opposition Félix Nialbé avait indiqué que les crises que le Tchad traverse en ce moment ne permettent pas de préparer les consultations électorales dans la sérénité.

Pour le porte-parole du parti au pouvoir, la Covid-19 est en effet un facteur bloquant, mais le parti au pouvoir est prêt pour la compétition électorale. «Que les élections se tiennent en décembre, en janvier, en février, le MPS (formation au pouvoir) sera toujours prêt, avance Jean-Bernard Padaré. Mais nous comprenons parfaitement que l’opposition sollicite, en raison du coronavirus, le report des élections».

Pendant ce temps, les représentations de la Commission électorale indépendante continuent à s’installer dans les provinces où manifestement, le coronavirus n’a pas réussi à bloquer les activités.

Pour justifier les reports successifs du scrutin, M. Déby, au pouvoir depuis près de 30 ans après un coup d’Etat en 1990, a invoqué la menace terroriste de Boko Haram (le groupe jihadiste nigérian qui multiplie les attaques meurtrières dans l’ouest depuis 2015) et des difficultés financières. Mais depuis deux ans, les bailleurs de fonds occidentaux et soutiens du Tchad, pays stratégique dans la lutte contre la menace des islamistes armés au Sahel, font pression sur le chef de l’Etat Déby. Washington et Paris en tête.

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