Quel avenir pour la force du G5 Sahel après le retrait d’une partie des forces tchadiennes?

Nairobi (© 2021 Afriquinfos)- Dans une note diffusée ce samedi 21 août, le Tchad a annoncé avoir divisé par deux, ses effectifs déployés en février au sein de la force antidjihadiste du G5 Sahel dans la zone dite « des trois frontières », aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso.

« On a redéployé au Tchad 600 hommes en accord avec les forces du G5 Sahel. Il s’agit d’un redéploiement stratégique pour s’adapter au mieux à l’organisation des terroristes », a affirmé à l’Agence France-Presse Abderaman Koulamallah, porte-parole du gouvernement.

Un contingent de 1 200 soldats tchadiens avait été déployé dans cette zone pour lutter contre les groupes djihadistes, dans le cadre de la force multinationale du G5 Sahel, groupe de cinq pays sahéliens – Tchad, Mali, Mauritanie, Niger et Burkina Faso – qui s’efforcent, depuis 2017, de coopérer dans le cadre de cette lutte.

La zone « des trois frontières » est, avec le centre du Mali, la plus touchée par les attaques djihadistes commises par des groupes notamment affiliés à Al-Qaida ou à l’organisation Etat islamique au grand Sahara. Les morts, civils comme militaires, s’y comptent par milliers. La dernière attaque, samedi, contre un village de cette zone au Niger a fait une dizaine de morts parmi des civils. Lundi, une autre attaque avait fait 37 morts.

 « Il nous reste environ 600 soldats sur le terrain. C’est une décision concertée de longue date avec le commandement du G5. On a voulu alléger le dispositif, qui n’était pas adapté », a assuré M. Koulamallah. Les troupes tchadiennes sont basées à Téra, ville du sud-ouest du Niger.

« Par rapport à la situation sur le terrain, il faut avoir une force mobile, d’où le retrait de certaines de nos forces avec les armes lourdes », a ajouté le porte-parole du gouvernement. « Notre volonté politique de faire face aux djihadistes reste intacte », a-t-il poursuivi.

La France, très impliquée dans la lutte contre les djihadistes dans la région, a annoncé récemment la réduction progressive de ses effectifs militaires au Sahel au profit d’un dispositif allégé de 2 500 à 3 000 hommes, contre les quelque 5 000 qui composaient la force de l’opération « Barkhane », amenée à disparaître. L’envoi des soldats tchadiens, avant d’être effectif en février, était réclamé depuis plusieurs années par Paris.

Une décision approuvée par les partenaires

Le ministère français des armées a confirmé que la décision tchadienne « a été prise en parfaite concertation avec les partenaires du G5 Sahel ainsi que de la coalition pour le Sahel, dont la France ». « Il s’agit d’avoir un dispositif à la fois plus léger, plus réactif et plus facile à soutenir, en conservant les moyens de combat les plus adaptés à l’ennemi », a-t-il précisé.

Une source malienne au ministère de la défense, sous couvert d’anonymat, a assuré que le Niger avait « officiellement informé avant » le Mali de « ce réajustement », et que « le processus de retour » des soldats au Tchad était « bien coordonné ».

Dans la zone « des trois frontières », la présence djihadiste s’est greffée sur des tensions qui existent de longue date entre communautés, dont certaines se sont constituées en groupes armés alimentant les violences. Les djihadistes jouent de ces vieilles hostilités, recrutent dans les populations, offrent protection, prélèvent leurs dîmes. Les civils, pris entre deux feux, doivent choisir entre rester et fuir, alors que, pour nombre d’entre eux, c’est déjà la guerre qui les avait poussés à s’établir à cet endroit. Ceux qui restent sont aussi exposés aux bandits, au vol de bétail et aux assassinats. La frontière entre violences communautaires, djihadisme et banditisme est parfois ténue.

Le Tchad fait aussi face à la présence djihadiste sur son territoire dans la région du lac Tchad, près de la frontière avec le Cameroun. Au début d’août, au moins 26 militaires tchadiens ont été tués dans une attaque attribuée au groupe nigérian Boko Haram.

« Le lourd tribut que nous payons dans cette guerre asymétrique est amer, mais il ne sera pas vain. Nous ferons capituler l’hydre terroriste », avait réagi Mahamat Idriss Déby, président du Conseil militaire de transition depuis la mort de son père, Idriss Déby, en avril 2021, tué lors de combats contre des rebelles venus de Libye.

V.A.

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