Bintou Kéita détaille devant le Conseil de sécurité le préoccupant réarmement du M23

Genève (© 2022 Afriquinfos)- Le Conseil de sécurité doit redoubler ses efforts en faveur d’une désescalade rapide de la situation en République Démocratique du Congo (RDC) et du désarmement sans condition du M23. C’est le cri d’alerte lancé par Mme Bintou Keita, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies  dans ce pays et Cheffe de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).

S’exprimant sur la situation politique et sécuritaire de la RDC devant le Conseil de sécurité, la Cheffe de la MONUSCO a livré dans son récit les scènes d’échanges violents entre les représentants congolais et rwandais dont elle a été témoin.  La société civile a également fait entendre sa voix, à travers le témoignage déchirant d’une citoyenne rwandaise victime d’actes de barbarie, ainsi que la directrice d’une association, le Fonds pour les femmes congolaises. Des récits qui ont mis à mal les membres du Conseil

Parmi les défis, l’insécurité dans l’est du pays a largement dominé l’intervention de la Représentante spéciale, comme celle du représentant de la RDC.  Tous deux se sont, à cet égard, attardés sur les agissements du Mouvement du 23 mars (M23) contre la population civile, les forces de sécurité nationales et les Casques bleus de la MONUSCO.  Mme Keita a précisé que les offensives du M23 ont un impact majeur sur les civils, qu’ils tuent et forcent à fuir, plus de 170.000 personnes ayant ainsi été déplacées du fait de leurs attaques.  Il est impératif, a-t-elle insisté, que le Conseil redouble ses efforts en faveur d’une désescalade rapide de la situation et du désarmement sans condition du M23.

«Comment expliquer la résurgence d’un mouvement pourtant défait par les Forces armées de la RDC (FARDC) et la brigade d’intervention des Nations Unies en 2013», s’est interrogé Bruno Lemarquis le Représentant spécial adjoint de la MONUSCO. Selon ce dernier, le M23 dispose d’un arsenal de combat supérieur à ceux de la MONUSCO et des FARDC et est à même d’abattre des hélicoptères militaires, de terroriser la province du Nord-Kivu et de commettre d’autres crimes dans l’est du Congo.  Qui est derrière ce groupe, qui était apparemment désarmé et sous la garde du Rwanda et de l’Ouganda? a-t-il ajouté, avant d’affirmer sans ambages que «le M23 est une milice de l’armée rwandaise».  Il a ensuite demandé au Conseil de condamner fermement «l’agression criminelle du M23 contre la RDC et tous ses appuis, en commençant par l’État du Rwanda et son Président», de sommer le M23 de quitter immédiatement le territoire congolais ou encore d’exiger de tous les groupes armés, sans exception, de déposer les armes dans le cadre des programmes prévus à cet effet.

Kigali se défend d’un quelconque  soutien au M23

En réponse, le Rwanda a dénoncé les «accusations sans fondements» des dirigeants politiques et militaires de la RDC qui prétendent que son pays soutient le M23, rappelant que toute allégation de ce type devait être signalée au mécanisme de vérification approprié pour une enquête indépendante.  Il a également récusé toutes les allégations portant sur des velléités du Rwanda de «balkaniser l’est de la RDC, qualifiant les déclarations allant dans ce sens d’absurdes et sans fondement, seulement destinées à détourner l’attention des complexes problèmes internes de la RDC».

Il a aussi invité la RDC à se garder de forger des alliances avec des groupes armés hostiles à son propre pays.  Le Conseil de sécurité doit se prononcer, demain 30 juin, sur le devenir des sanctions à l’égard de la RDC, qui arrivent à échéance.

Tout en saluant des évolutions notables sur le plan politique, Mme Keita a encouragé les autorités de la RDC à préserver la démocratie et à assurer le plein respect des libertés fondamentales.  Elle a noté une preuve de l’engagement des autorités congolaises à assumer leurs responsabilités envers la population là où la présence des Nations Unies est destinée à évoluer.  Mme Keita a en outre jugé essentiel la poursuite des réformes envisagées dans son programme d’action, notamment dans le secteur de la sécurité, afin que les institutions de l’État soient en mesure de relever les multiples défis auxquels le pays est confronté.

Le représentant de la RDC a également demandé au Conseil de sécurité le retrait total du dispositif de notification préalable de livraison d’armes exigé par le Comité des sanctions concernant la RDC, cette disposition, «vieille de plus de 14 ans », étant selon lui devenue «complètement obsolète».  «Les groupes armés qui massacrent la population congolaise ne sont même pas affectés par cette mesure», a-t-il fait valoir.

Vignikpo Akpéné

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