Afrique du Sud: la nation zouloue attend son nouveau roi, après la disparition de Goodwill Zwelithini vendredi dernier 

Ethnie la plus nombreuse dans une Afrique du Sud aux onze langues officielles, la nation zouloue, au passé guerrier glorieux mais aux liaisons dangereuses durant l’apartheid et la transition démocratique, attend désormais le couronnement de son nouveau roi.

Descendant du légendaire Chaka, fondateur du royaume au début du XIXe siècle, Goodwill Zwelithini, 8e roi des Zoulous, est mort à 72 ans vendredi après 50 ans de règne.

Le nom de son successeur reste un secret bien gardé. « C’est un processus complexe », explique à l’AFP l’historien sud-africain Ntuli Pikita. Le fils aîné du roi est mort en novembre dernier, mais quoiqu’il en soit, dans la culture Nguni dont sont issus les Zoulous, il n’est pas évident que le premier enfant de la première épouse hérite du trône, selon l’historien.

Au palais, dans le cercle intime, « ils savent sans doute qui c’est », poursuit-il. Mais alors que les responsables politiques défilent depuis plusieurs jours dans la petite ville de Nongoma, dans la province du Kwazulu Natal (Nord-Est), aucun nom n’a filtré. Toujours drapé d’une peau de léopard, Goodwill Zwelithini, dont le corps devrait être « planté » dans la terre d’ici jeudi selon le rite zoulou, renvoyait l’image d’un éminent chef coutumier à l’autorité spirituelle incontestable.

Il parlait aux puissants, était apparu en public avec Nelson Mandela. L’ex-chef de l’Etat, Jacob Zuma, premier président zoulou, s’est rendu dimanche au palais, accompagné d’une délégation du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC).

Souverain sans pouvoir, le roi zoulou exerce toutefois une influence morale sur plus de onze millions de personnes de cette ethnie, soit près d’un Sud-Africain sur cinq. Les chefs traditionnels ont obtenu à la fin de l’apartheid d’être reconnus par la Constitution et ils continuent à jouir d’un rôle symbolique important. Jouant un rôle consultatif au Parlement, ils se prononcent en matière de culture, de gestion des terres ou encore d’administration de la justice sur leur territoire. Et le plus influent d’entre eux est le chef zoulou.

– « Idiot utile » –

Issu d’une lignée qui s’est battue contre le colon britannique, avec une victoire historique à Isandhlawana en 1879, Goodwill Zwelithini divisait: Au lendemain de sa mort, il est décrit dans la presse locale comme le « gardien de la culture zouloue » mais aussi, pour d’autres, comme « l’idiot utile entre les mains de l’apartheid ».

Le roi zoulou Goodwill Zwelithini (D) avec l’ex-président sud-africain du régime d’apartheid PW Botha, le 16 décembre 2003.

Au crépuscule du régime suprématiste blanc dans les années 1990, la grande nation guerrière, à travers le parti nationaliste Inkatha, est accusée d’avoir joué le jeu des ségrégationnistes, en luttant contre l’ANC de Mandela. Cette guerre sanglante des partis, soupçonnée d’être orchestrée en sous-main par le pouvoir blanc pour déstabiliser l’ANC et retarder l’arrivée inéluctable de la démocratie, a fait des centaines de morts.

Avant les premières élections démocratiques en 1994, le roi zoulou a appelé des milliers d’hommes, armés de bâtons, à se rassembler dans les rues de Johannesburg. Une fusillade devant le siège de l’ANC s’était soldée par 42 morts et 250 blessés.

La nation zouloue, qui avait survécu au colonialisme et à l’apartheid, est critiquée pour s’être rangée du côté de la démocratie à la onzième heure, contre des avantages et la reconnaissance d’une certaine autonomie. La toute nouvelle nation arc-en-ciel s’achetait, en contrepartie, une garantie de stabilité. Dans d’autres pays africains colonisés, comme au Mozambique, des gouvernements ont essayé de se débarrasser des chefs traditionnels avant d’être obligés de les réhabiliter.

En Afrique du Sud, plusieurs centaines de chefs coutumiers rémunérés par l’Etat, dont une dizaine de rois, veillent au respect des coutumes, témoins de la complexité de la société sud-africaine où moins de 10% des citoyens ont l’anglais comme langue maternelle. Le zoulou reste l’idiome le plus courant.

Certains mots de cette langue bantoue ont marqué l’histoire du pays. Le célèbre « Asimbonanga » (« Où est-il », ndlr) du chanteur Johnny Clegg, est devenu l’hymne de la libération de Nelson Mandela. Ardent opposant à l’apartheid, le chanteur, surnommé le « zoulou blanc », avait contribué à transporter un peu de culture zouloue au-delà des frontières.

Le roi zoulou Goodwill Zwelithini (D), en compagnie de Jacob Zuma, alors président du parti ANC et futur chef de l’Etat, le 24 septembre 2008.

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